17.10.2008
La BCE fait des affaires en or
On s'arrache ses billets et les banques s'y refinancent de plus en plus. L'hyperactivité est payante.
Le bilan « consolidé de l'Eurosystème » - toutes les banques centrales nationales, dont la Banque de France - est éloquent. À la date du 14 octobre, l'actif représentait 1 881 milliards d'euros, contre 1 289 milliards un an plus tôt. Cette explosion s'explique principalement par les refinancements des banques, qui ont bondi de 483 à 783 milliards d'euros. Or, ils se font à un prix d'autant plus cher que la demande est forte. Comme le souligne Éric Vergnaud, économiste de BNP Paribas, le 8 octobre la BCE a distribué, par un système d'enchères, quelque 250 milliards d'euros, pour une durée de huit jours, à un taux moyen de 4,99 %, alors que son taux directeur officiel était théoriquement de 4,25 % !
Depuis lors, la BCE, en concertation avec la Fed américaine et par souci de l'intérêt général, a décidé d'abaisser de 0,5 point ses taux directeurs et de distribuer l'argent à un taux fixe de 3,75 %, pour des quantités illimitées, afin de faciliter la vie des banques. Cela revient de facto à une baisse du prix de pratiquement 1,25 %, mais le volume des demandes de refinancement n'est pas près de se tarir.
Le comble de l'absurde
Toujours à l'actif de la BCE, on retrouve une autre ligne en expansion de 150 milliards d'euros : elle correspond à la fourniture de dollars à des opérateurs résidents dans la zone euro (les fameux accords de swaps passés avec la Fed).
Tout aussi instructive est la lecture du passif de la banque centrale, qui énumère les moyens lui permettant de financer ses opérations (inscrites à l'actif). Y figurent en premier lieu les billets émis dans le public (une ressource gratuite pour la BCE) : leur total est passé de 640 à 712 milliards d'euros en un an. Cette progression de 11,5 % est anormale compte tenu de la faiblesse de la consommation en Europe. Comme le note un expert public, cela traduit les retraits exceptionnels aux guichets des banques, de l'ordre de 18,9 milliards d'euros du 3 au 10 octobre 2008, direction les lessiveuses. Autre ligne du passif qui reflète la situation de crise, les liquidités excédentaires que les banques déposent à la BCE : quasiment nulles en temps habituel, elles atteignent aujourd'hui 154,6 milliards d'euros (rémunérés à 3,25 %). Voilà le comble de l'absurde : l'argent est emprunté à la BCE pour y être replacé…
Au total, celle-ci profite pleinement de son hyperactivité. Certains observateurs chiffrent jusqu'à 10 milliards d'euros les bénéfices supplémentaires qu'elle pourrait engranger en 2008. Actionnaire à 21 % du capital, par le truchement de la Banque de France, l'État français pourrait ainsi financer le coût du RSA (revenu de solidarité active).
10:16 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : bce, banques, taux bancaires, crise financière |
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