25.02.2010
Aix : squatteuse par nécessité avec trois enfants
Source Nicolas Rey - LA PROVENCE - La jeune femme qui occupe depuis un an une HLM de façon illégale, est menacée d'expulsion

Emilie et ses enfants ont investi et occupent de façon illégale un logement HLM. Photos Sophie Spitéri
Début janvier 2009. Alors qu'Aix se réveille sous la neige dans une douce pagaille, certains cherchent leur luge, d'autres un toit. C'est le cas d'Émilie Rossi, une jeune femme de 28 ans que les hasards souvent douloureux de la vie ont poussée jusque dans la rue, avec ses trois enfants, d'un à cinq ans.Pas très loin du minuscule appartement de sa mère, un logement HLM est vacant, dans un des bâtiments de la Pinette, au Nord de la ville. Émilie force la porte et s'y installe. En connaissance de cause. "Ce que j'ai fait est illégal, je le sais bien, admet-elle. Mais je n'avais pas le choix. Je ne me suis pas cachée, je suis allée tout de suite m'identifier au commissariat". Les policiers aixois ont eu du mal à en croire leur main courante: un "squatteur" qui vient se signaler et qui demande même à payer un loyer !
"Je leur ai expliqué ma situation pour qu'ils comprennent que cette occupation illicite était vraiment mon dernier recours". L'histoire d'Émilie le prouve: avec 600euros mensuels -le RSA pour unique ressource-, les agences immobilières qui réclament des revenus à hauteur de trois fois le loyer et qui ne peuvent pas proposer un studio à un foyer qui compte trois enfants, ne peuvent rien pour elle. Sur liste d'attente chez le bailleur social "13 Habitat" depuis 2007, rien ne semblait donc offrir la moindre perspective à la jeune femme.
Les mandats envoyés pour couvrir une partie des "indemnités d'occupation" qui lui sont réclamées n'y changeront rien: l'office HLM engage une procédure d'expulsion qui sera validée par le tribunal en première instance puis en appel. "Nous avons essayé de faire reconnaître l'existence d'un bail tacite, explique Me Gaël Fombelle qui a défendu les intérêts d'Émilie. Mais le tribunal n'a retenu que le caractère sans droit ni titre de l'occupation du logement, tout en reconnaissant que l'appartement a toujours été bien entretenu."
Régularisation impossible Pour 13 Habitat, impossible de transiger: "C'est un principe auquel nous ne dérogeons pas, explique-t-on à Marseille dans l'encadrement de l'office HLM. Il est hors de question de régulariser des occupations illégales de logement par des personnes qui court-circuitent l'ordre d'attribution, lui-même défini sur critères d'urgence. Certaines familles attendent depuis deux ou trois ans, dans des situations au moins aussi dramatiques Personne ne peut faire prévaloir son urgence sur celle des autres. Ce logement était sans doute destiné à une famille qui avait dû respecter la procédure et qui en a été privé. Nous ne pouvons avaliser de telles pratiques qui risqueraient alors de se généraliser."
Émilie dément : "L'appartement, sur le contingent de la préfecture, était vacant depuis longtemps, et je n'en ai privé personne. Je n'exige rien, je voudrais seulement un toit décent pour mes enfants. Celui-ci ou un autre." Le salut ne viendra semble-t-il pas non plus de la mairie où ses demandes d'entretien sont restées lettres mortes, ni du côté des services sociaux. "La seule solution que me propose l'assistante sociale, c'est le foyer, poursuit Émilie. Et on me laisse entendre qu'en cas de refus, on me retirera la garde de mes enfants. C'est insupportable."
Une situation d'autant plus intenable que se rapproche l'échéance de l'expulsion. "Ce n'est pas de gaieté de coeur que nous engageons ce type de procédure, note-t-on encore chez 13 Habitat. Nous ne sommes évidemment pas insensibles à la dimension humaine de ce problème. Mais si cette famille refuse de quitter les lieux d'elle-même, il n'y a pas d'autre issue que l'expulsion, qui est toujours un échec". Émilie le sait et n'en dort plus, tout en essayant de donner le change devant ses enfants, pour qu'ils pâtissent le moins possible de la situation. "J'ai fait tout ce que je pouvais faire mais je suis aujourd'hui dans une impasse. Je voudrais juste qu'on m'aide. Un peu."
06:28 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : expulsions locatives, treve hivernale, loi dalo, logement social |
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