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15.01.2011

Pierre Méhaignerie et les allocations chômage : voici venue l'ère des "Rantanplan" de la politique

Source: actuchomage.org

Exister, en politique, c'est aligner les polémiques : des déclarations fracassantes truffées de contre-vérités. Après Manuel Valls et son "déverrouillage" des 35 heures, Christian Jacob et sa défense des députés tricheurs puis sa saillie sur "l’emploi à vie" des fonctionnaires, voici Pierre Méhaignerie et l'indemnisation du chômage, qu'il juge excessive.

Ils nous fatiguent !!!
Une chose est sûre : la campagne électorale des présidentielles a déjà commencé et colonisera toute l'année 2011, en dépit des préoccupations des Français. La bataille idéologique est engagée et, d'ici mai 2012, chacun défendra son bout de gras… comprenez : son emploi, ses privilèges et sa protection sociale à vie.

Pour l'instant, on assiste au spectacle affligeant d'imposteurs qui, en mal de visibilité, l'ouvrent pour se distinguer, quitte à dire n'importe quoi et passer doublement pour des cons : 1) en révélant leur profond dilettantisme quant aux sujets qu'ils abordent; 2) en s'imaginant que les Français sont, eux aussi, des imbéciles toujours prêts à tomber dans les panneaux qu'on leur tend. C'est négliger l'aspect positif du règne de Nicolas Sarkozy, qui leur a tant menti et les a tant de fois désavoués : grâce à lui, de la ratification du traité de Lisbonne à la réforme des retraites en passant par la "valeur travail" puis la crise, nombre de Français ont ouvert les yeux et se sont réappropriés le champ politique.

Dans le cas de Monsieur Valls, candidat aux primaires du PS, il s'agissait de tirer son épingle du jeu (c'est loupé). Chez quelques éminences grises de droite désireuses de justifier leur existence au sein de l'UMP, il s'agit d'enfoncer (grossièrement) le clou des multiples réformes particulièrement injustes et régressives adoptées depuis 2007. Deux stratégies de com’ vouées à l'échec. Car, d'un côté comme de l'autre, la confusion règne et nous assistons à un véritable sabordage. Tandis que le Parti socialiste montre son vrai visage — celui d'une fausse gauche qui ne cesse de se discréditer —, l'UMP sortante entonne un chant du cygne disgracieux, truffé de couacs. Mais nous y reviendrons en temps utile...

L'épouvantail des allocations chômage

Pas besoin de radoter : vous trouverez ici et là tous les éléments de la dernière polémique qui agite le Landerneau et à laquelle nous nous sentons, hélas, obligés de réagir...

• D'abord, nous vous invitons à prendre connaissance de l'interview vidéo de Monsieur Méhaignerie sur le blog de Marc Landré, du Figaro, à l'origine du "buzz"... "Décapante" et "instructive" ? De biens grands mots. Si certains n'ont pas "la langue dans leur poche", ils feraient mieux de la tourner sept fois dans la bouche avant de l'ouvrir.
Côté technique, notez le magnifique contre-jour digne d'un professionnel. Et n'oubliez pas de lire les commentaires qui suivent (car les lecteurs des “Dessous du social” ne sont visiblement pas dupes, ce qui est plutôt rassurant).

• Ensuite, lisez ce recadrage de Samuel Laurent pour Le Monde...

• Puis celui de L'Expansion, tout aussi bien envoyé.

Ce à quoi nous rajoutons :

• Depuis plus de dix ans, la plupart des pays membres de l'OCDE n'ont cessé de rogner sur leur système d'indemnisation en montant et en durée sous prétexte que, s'il y a des chômeurs, c'est de la faute… aux allocations. Le chômage a-t-il baissé pour autant ? Non, bien au contraire. Depuis trente ans, le chômage s'est massifié malgré les restrictions successives. Il n'y a donc aucune corrélation entre le taux de chômage et son niveau d'indemnisation.

Constat récemment confirmé par la DARES : en France, convention Unedic après convention Unedic, les exclus de l'emploi — qui n'ont même pas voix au chapitre, puisque les associations qui les défendent ne sont pas consultées et sont, au contraire, priées de rester sur le trottoir d'en face — demeurent les dindons de la farce... La prochaine révision de l'assurance chômage doit débuter le 24 janvier : en cela, Monsieur Méhaignerie joue les opportunistes et s'imagine, à tort, qu'il va pouvoir empiéter sur le champ de négociation des "partenaires sociaux"… qui lui ont adressé une fin de non-recevoir.

La norme, c'est le Smic

Il est prouvé que, plus les allocations chômage sont généreuses, moindre est l'intensité de la recherche, mais supérieure est la qualité de l'emploi retrouvé : ce sont les trois heureux gagnants du «prix [2010] de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel», les dénommés Diamond, Mortensen et Pissarides, qui l'ont dit. Or, pas question de faire du qualitatif, l'objectif est purement quantitatif : il faut que les chômeurs se remettent le plus vite possible au boulot, non seulement pour réduire les statistiques mais, surtout, accélérer la baisse du coût du travail. En les acculant financièrement, ils finissent par accepter des postes, des salaires et des conditions d'emploi dégradées, à la grande joie du patronat et de l'actionnariat.

Actuellement, 80% des chômeurs indemnisés perçoivent entre 1.000 et 1.200 € par mois, tandis que plus de 80% des emplois disponibles sont précaires et rémunérés au Smic. Pour Monsieur Méhaignerie, qui estime que c'est encore trop et que ça les dissuade d'accepter tous ces jobs de merde — ce qui est faux, puisque la moitié des 2,6 millions de chômeurs indemnisés par l'assurance chômage exerce une activité réduite ou occasionnelle (1,3 million d'inscrits en catégories B et C de Pôle Emploi) contre 20% des privés d'emploi non indemnisés par le régime —, il serait salvateur de les "inciter" davantage en abaissant cette moyenne sous le niveau du Smic : ainsi seraient-ils totalement disposés à ne pas faire la fine bouche. De création d'emplois dignes de ce nom, il n'est nullement question.

Monsieur Méhaignerie prétend viser les cadres, alors qu'ils sont moins touchés par le chômage que les autres : en réalité, il vise tout le monde. Monsieur Méhaignerie veut mettre le paquet sur l'emploi des jeunes… en encensant les stages. Augmenter le nombre de travailleurs pauvres, jeunes ou vieux, qualifiés ou non, tel est son rêve.

Monsieur Méhaignerie a fait carrière sous les ors de la République. Bien qu'il ait 71 ans, il s'accroche au pouvoir tel un vigoureux pthirus à un poil pubien. A l'image de cette oligarchie qui, de sa tour d'ivoire, décide de nos vies, il adopte le dangereux comportement d'une noblesse d'ancien régime, contribuant ainsi à creuser un peu plus la tombe de son parti. Qui en profitera en 2012 ? Telle est la question. (SH)

17.03.2008

Les syndicats européens dénoncent la montée des emplois "précaires"

Plus d'emplois mais de "moins bonne qualité" : "more but not better jobs". Tel est le constat, et l'inquiétude, de la Confédération européenne des syndicats (CES), qui a étudié l'emploi dans les vingt-sept pays de l'Union européenne, à travers les observations de ses membres - 82 syndicats nationaux et "60 millions de syndicalistes".

A l'occasion de la rencontre des chefs d'Etat et de gouvernement européens des 13 et 14 mars à Bruxelles, qui ont abordé les objectifs sociaux et économiques de la stratégie définie à Lisbonne pour accroître la compétitivité de l'Europe, la CES a publié un rapport qui souligne la montée de la précarité.

Plusieurs millions d'emplois nouveaux sont créés chaque année (4 millions en 2006 dans l'Union ; plus de 300 000 en 2007 en France). Mais de plus en plus de salariés se voient proposer des contrats à durée déterminée, à temps partiel, bien souvent non choisis.

Trente-deux millions de personnes, soit 14,5 % des travailleurs européens, ont un contrat à durée déterminée, alors qu'ils n'étaient que 22 millions en 1997 (11,5 %). De plus, 40 millions sont à temps partiel (18 %), contre 32 millions il y a dix ans. Et sur ce nombre, la proportion de ceux qui se voient contraints de travailler à temps partiel "parce qu'ils n'ont pas trouvé de temps plein" est aussi en augmentation, 20 % contre 15 % en 2002.

Enfin, note la CES, le problème des travailleurs "pauvres", qui reçoivent un salaire faible, c'est-à-dire inférieur aux deux tiers du salaire médian de leur pays, concernerait 31 millions de salariés. L'augmentation des salaires sera la revendication centrale de l'"euro-manifestation" qui se doit se dérouler dans la capitale slovène, Ljubljana, le 5 avril, à l'occasion de la réunion des ministres de l'économie et des finances.

Selon Ronald Janssen, conseiller économique de la CES et auteur de l'étude, "les patrons usent et abusent de l'argument de la mondialisation pour justifier d'embaucher sur des durées courtes". Bien souvent, ajoute M. Janssen, "cela permet de transformer des postes à durée indéterminée en une succession de contrats à durée déterminée".

DE PLUS EN PLUS DE CDD
Pour chaque problème identifié, M. Janssen cite des exemples. L'"explosion" des contrats à durée déterminée ? "Ils représentent 30 % du total en Espagne et concernent 6 millions de salariés", avance-t-il, en citant aussi la Pologne. La France n'est pas en reste puisque 75 % des embauches s'y font sous la forme de contrats temporaires. "Surtout, argumente M. Janssen, ce sont les jeunes qui, partout en Europe, sont les plus touchés par ce type de contrats, avec des taux de 40 %, 50 % chez les 16-25 ans ; en Suède, 68 % des jeunes sont en CDD."

Pour l'augmentation des temps partiels, le syndicaliste cite des abus dans tous les pays. Il évoque la Grèce, l'Italie, la Pologne sur le problème des "faux indépendants", ces salariés travaillant pour un employeur avec le statut d'"indépendant", ce qui évite à celui-ci de payer des charges et des cotisations sociales. Ce phénomène touchait 40,7 % des salariés en Grèce en 2006, selon des chiffres de la Commission européenne.

Les mobilisations en Allemagne soulignent l'importance qu'a pris le problème des bas salaires dans le pays : 6 millions de salariés, soit 22 % du total, touchent des "salaires pauvres". Une situation qui s'explique, note M. Janssen, par l'absence de salaire plancher de référence. L'instauration d'un tel minimum est une revendication de la CES.
Rémi Barroux - LE MONDE

 
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