26.06.2008
Naissance du "FBI à la française"
Par papier annoncé AP
PARIS - Le "FBI à la française" voulu par Nicolas Sarkozy est né. Le conseil des ministres a examiné mercredi le décret de création de la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), qui regroupera les Renseignements généraux (RG) et la Direction de la surveillance du territoire (DST).
La nouvelle entité, qui verra le jour le 1er juillet, doit doter la France d'un "renseignement fiable et efficace", selon l'expression employée par la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie, un temps réticente à cette évolution souhaitée par le président de la République.
Outre la "modernisation de l'Etat" dont témoigne la création de cette nouvelle direction, elle permettra "une meilleure efficacité du renseignement dans notre pays, qui est une exigence absolue dans le monde d'aujourd'hui, de plus en plus incertain", a avancé Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement lors de son compte-rendu du conseil des ministres. Le Livre blanc sur les grandes lignes de la réforme de la défense insistait lui aussi sur la nécessité de renforcer le renseignement.
Au terme du rapprochement engagé, la nouvelle direction devra assurer quatre missions principales: le contre-espionnage et la lutte contre les ingérences étrangères, le contre-terrorisme, la protection du patrimoine et la sécurité économique, ainsi que "la surveillance des mouvements subversifs violents et des phénomènes de société précurseurs de menaces". "Ce projet est très cohérent", juge Bruno Beshizza, secrétaire général du syndicat Synergie-officiers.
Les attributions des services ont fait l'objet de longues discussions puisqu'il s'agissait de réunir deux maisons aux traditions différentes. D'un côté la DST, créée après la Seconde guerre mondiale, compte aujourd'hui 1.800 policiers chargés de la protection de la France contre le terrorisme et les menaces extérieures, et de l'autre, les 3.800 fonctionnaires de la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG), dont les missions disparates s'étaient empilées au fil des décennies. Celle-ci devrait voir partir 20% de ses effectifs.
Le renseignement sur les questions institutionnelles, économique et social, ainsi que la surveillance des violences urbaines, qui incombaient jusque là aux RG, va en effet revenir à la Direction centrale de la sécurité publique. La surveillance des hippodromes et des casinos reviendra à la police judiciaire.
Forte de 5.000 personnes, la DCRI devrait être dirigée par Bernard Squarcini, un proche de Nicolas Sarkozy, ancien No2 des RG et directeur de la DST depuis un an. Les services seront centralisés dans les nouveaux locaux high tech qu'ils occupent déjà depuis plus d'un an à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et dont l'aménagement a coûté 200 millions d'euros. Elle pourra aussi compter sur la présence de policiers dans toute la France, grâce aux effectifs issus des RG. AP
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23.04.2008
Alliot-Marie suspend l'expérimentation du fichier controversé Ardoise
PARIS (AFP) - La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a décidé mardi de suspendre l'expérimentation du très controversé logiciel de police "Ardoise" qui avait été jugé discriminatoire par des associations et un syndicat de police.
La ministre a précisé, par la voix de son entourage, qu'elle souhaitait "réfléchir à la pertinence des critères retenus pour ce logiciel", - qui ont été au centre des critiques -, "au regard des besoins d'enquêtes".
Le logiciel "Ardoise", destiné à alimenter un futur fichier commun police-gendarmerie, devait mettre en évidence un certain nombre de données et de profils, classés par rubriques et destinés, selon ses concepteurs, à "cerner" la victime ou le présumé auteur des faits.
Ce sont ces rubriques qui ont suscité un tollé: le policier est en effet invité à cliquer par exemple sur "mineur en fugue", "sans domicile fixe", "personne âgée", "permanent syndical", "membre d'une secte", "transsexuel" ou "homosexuel".
Mme Alliot-Marie, selon l'Intérieur, "a entendu les craintes qui se sont manifestées en raison de (ces) critères". Dans le même temps, elle souhaite prendre en compte "les besoins opérationnels" des services de police et de gendarmerie et a entamé "une réflexion, avec l'expertise de la direction centrale de la police judiciaire, pour réétudier ces points et leur éventuelle pertinence réelle avec les besoins des enquêtes".
Il s'agira de "corréler les besoins de la police et de la gendarmerie avec le respect des libertés individuelles", selon l'Intérieur.
"Ardoise" a suscité la semaine dernière une vaste polémique, des associations redoutant des "dérives" avec l'utilisation de données personnelles, un syndicat de policiers, Alliance, évoquant même un "usage discriminatoire".
Le Collectif contre l'homophobie, qui avait annoncé avoir saisi la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) et la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), a jugé mardi la décision de Mme Alliot-Marie "empreinte de sagesse et de raison" et demandé la mise en place d'un groupe de travail.
Michel Navion, avocat de SOS homophobie, avait déclaré, la semaine dernière, "ne pouvoir s'empêcher de rapprocher (ce fichier) avec une tendance que l'on voit aujourd'hui proche des intégristes religieux, des sectaires de tous poils, qui font partie plus ou moins de l'entourage du président de la République".
Alliance (second syndicat de gardiens de la paix), réputé à droite, avait "exigé" que le nouveau logiciel police "soit amélioré", tout comme l'Unsa-police (premier syndicat) et tous deux en avaient appelé à la ministre de l'Intérieur.
Il s'agit d'une "version provisoire", avait dit Alliance, qui doit être "améliorée afin que certaines indications (...) n'amènent pas à un usage discriminatoire".
Synergie (second syndicat d'officiers de police) avait de son côté indiqué "ne pas être choqué" mais avait jugé que le logiciel n'était "pas adapté à la procédure policière et judiciaire".
Il a affirmé mardi avoir "été entendu".
La Cnil avait pour sa part annoncé avoir demandé des "précisions" et des "éclaircissements" à l'Intérieur sur ce futur logiciel et son président, Alex Türk, avait écrit à ce sujet à Mme Alliot-Marie.
Il lui rappelait "que la Cnil devra émettre un avis préalable à la mise en place de cette application qui semble déjà en phase de test" et "ne peut être créée que par un décret en Conseil d'Etat" après son avis.
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