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23.04.2008

OPINION : Méforme de l'état avec hors norme de croissance

«C'est comme une sorte de vertige. Mais rien à voir avec l'amour. Non, cette sensation s'apparenterait plutôt au syndrome du derviche tourneur. Un tournis qu'on attrape bêtement en essayant de suivre la politique des Pieds Nickelés qui prétendent gouverner la France.
Les passements de jambes de Kosciusko-Morizet, les dribbles de Borloo, les petits ponts de Roselyne Bachelot, les contre-pieds de Rama Yade, les rateaux de Kouchner, les tacles de Fillon, sans compter les coups pas francs de Xavier Bertrand ont de quoi faire rougir de honte les pauvres joueurs du PSG. Quels artistes! Et pourtant tellement amateurs…mais quelle créativité dans l'improvisation !

Les pisse-vinaigre qui ne comprennent rien à la saine rigolade disent que gouverner, c'est prévoir. Si, nos joyeux ministres devaient être notés d'après ce critère, il y aurait certes du bonnet d'âne et du double zéro dans l'air, mais il en serait terminé de la bonne humeur qui inonde la France comme un voyage de noces perpétuellement recommencé à Gandrange.
<strong>En effet, toutes les hypothèses sur lesquelles Bercy a construit le budget 2008 ont d'ores et déjà explosé en vol sous l'effet du ralentissement de la croissance mondiale, consécutif à la crise financière (et désormais économique) américaine.
Naturellement les surdoués qui nous dirigent diront qu'ils ne savaient pas, qu'ils ne pouvaient pas prévoir. Ben tiens, ça ne fait jamais qu'un an que la crise des "subprime" a pointé son nez. Fallait-il être extra lucide pour anticiper la contamination de la sphère productive et sa diffusion à l'Europe? A moins que… Quoi, on nous aurait menti [à l'insu de notre plein gré] jusqu'aux élections locales ? Seul un esprit bien pervers pourrait penser une chose pareille.</strong>

<strong>N'empêche, Bercy vient de reconnaître piteusement que le déficit public a atteint 50,3 milliards d'€ soit 2,7 % du PIB en 2007 </strong>alors que les engagements auprès de Bruxelles portaient sur 2,3 %. L'année 2006 s'était quant à elle soldée par 2,4 %. Du coup, la dette publique se hisse à 1210 milliards d'€ soit 64,2 % du PIB, très largement hors des clous fixés par le pacte d'Amsterdam. Mais bien sûr, seuls les médisants pourraient accuser la politique "du bouclier fiscal", en comprimant les recettes, d'avoir conduit à ce piteux résultat.

<strong>Faut-il préciser que la performance 2008 n'aura rien à envier à ses devancières ?</strong>
Le taux de croissance retenu pour élaborer le budget était de 2,25 % ; il vient d'être révisé à la baisse dans une fourchette de 1,7 à 2 % ce qui semble encore très optimiste aux yeux de nombreux conjoncturistes, y compris ceux du FMI, qui le situeraient plutôt en dessous de 1,5 % ! Est-il étourdi ce pauvre Woerth, pour ainsi confondre ses pilules de viagra avec des marshmallow !

La promesse faite aux partenaires européens d'un équilibre des finances publiques en 2012 – alors que Bruxelles souhaitait l'obtenir dès 2010- est fortement compromise. C'est d'autant plus fâcheux que la France s'apprête à prendre la présidence de l'Union Européenne en juillet prochain. Et il n'est pas glorieux pour qui se pose volontiers en donneur de leçons de sécher devant un exercice, fût-il budgétaire.
Que Lagarde meuble ses annonces de propos lénifiants en évoquant "l'impact conjoncturel sur les recettes d'une croissance un peu moins élevée que prévu" ne change rien sur le fond. Pas plus que les acrobatiques contorsions – gare à la déchirure musculaire!- de nos ministres mettant de la souplesse dans leurs discours pour éviter d'utiliser le mot "rigueur" qu'ils s'apprêtent à mettre dans leur pratique politique.

Car le contexte – comme on l'avait annoncé avant les municipales – ne laisse d'autre choix au gouvernement que d'appliquer la cure d'austérité, joliment baptisée RGPP (révision générale des politiques publiques) qui consiste à tailler à la hache dans les dépenses publiques et de préférence dans les dépenses à caractère social. Le schéma de pensée qui prévaut est typiquement celui de la "Reaganomic" qui s'est soldée au début des années 80 par le succès planétaire que l'on sait. Ainsi, dans la Sarkonomic, l'ennemi désigné est une fois encore l'état providence, chargé du péché rédhibitoire d'inefficacité économique.
Quand Guaino se croit autorisé à glisser dans le discours de Sarkozy cette élégante formule de style :" ce ne sont pas les économies qui permettront la réforme, mais la réforme qui permettra les économies", il s'appuie sur le postulat selon lequel en votant pour Sarkozy les Français auraient voté pour une réforme libérale. C'est un contresens délibéré. Les Français sont dans leur grande majorité attachés à leur modèle social et farouchement opposés au libéralisme économique.
Toute l'habileté du candidat Sarkozy a consisté à jouer de l'ambiguïté de ce terme, pratiquant avec un art consommé la novlangue qui éblouissait en son temps déjà le Persan de Montesquieu. Il est hélas vrai que le concept de réforme est devenu une auberge espagnole, où chacun apporte sa propre représentation signifiante.

L'acception sarkozienne du terme est, pour sa part limpide. Sarkozy n'est pas simplement le politicien narcissique et bling-bling que l'on décrit, c'est aussi et avant tout un militant de la droite américanophile et conservatrice, convaincu de la vertu toute puissante de l'initiative privée et des mécanismes du marché.
Dans l'optique du libéralisme économique, relayé par l'Europe, l'orthodoxie budgétaire prime sur l'urgence sociale. La réduction du déficit public est donc la priorité du gouvernement. Comment atteindre cet objectif ? C'est simple mais encore fallait-il y penser : à l'instar de l'humoriste qui proposait de dissoudre le peuple contestant la légitimité de ses dirigeants, pour réduire le déficit public, il suffira de dissoudre le secteur public.

Tous n'en mourraient point, mais tous étaient frappés. Un fonctionnaire partant à la retraite sur deux ne sera pas remplacé. Et ferment les classes, et disparaissent les petits hôpitaux, et voguent les commissariats, s'évanouissent les tribunaux ; on murmure que des casernes elles-mêmes seraient déplacées…
Après l'instauration de la franchise médicale, après le relèvement du plafond d'accession aux HLM, après les douloureuses mesures à venir concernant les retraites, le gouvernement avait un instant envisagé de supprimer la carte de réduction SNCF pour les familles nombreuses et le remboursement de l'optique par la sécurité sociale. Sans éviter une joyeuse cacophonie, il a été contraint à une spectaculaire et humiliante marche arrière. Seuls, et sûrement par miracle, les prisons, les petits fours et les collants de Rachida seront sauvés de l'holocauste! On respire. Alain Minc peut continuer de pérorer sur "la mondialisation heureuse".

Or, cette politique économique est non seulement inique, elle est au surplus contre-productive."Trop de rigueur tuera la rigueur. La politique budgétaire restrictive française est une erreur économique à l’heure où pointe une récession mondiale" explique l'économiste keynésien Liem Hoang Ngoc dans une tribune du Monde: "Le creusement de la dette publique ne provient pas de l’inflation de dépenses publiques, mais de la chute des recettes fiscales qui résulte de la baisse du rendement de l’impôt, induite par les réformes fiscales engagées depuis 1993, et de l’inefficacité des politiques "de l’offre". Celles-ci se sont avérées incapables d’emmener la croissance française à son taux potentiel, supérieur à 3 % […] Malgré l’allégement du coût des heures supplémentaires, les entreprises n’ont aucune raison d’accroître le volume de travail dans le marasme qui prévaut. L’exonération de cotisations a donc créé un nouvel effet d’aubaine. Le manque à gagner pour la sécurité sociale devra être comblé par de nouveaux prélèvements qui pèseront sur la consommation." La récession pourrait alors s'alimenter elle-même, plongeant l'économie dans une spirale négative.

Liem considère que des marges de manœuvre existent. Nous avons la faiblesse de penser qu'elles sont moins que minimes dans le cadre de l'Europe actuelle, confrontée à un choc asymétrique, tant sur le plan de la politique monétaire que budgétaire.
La politique monétaire de la BCE a ridiculement échoué. Sa seule et unique mission est de contenir l'inflation. Or, alimentée par la hausse des matières premières, elle-même largement liée à la spéculation qui a trouvé là le moyen d'utiliser les liquidités disponibles, celle-ci atteint d'ores et déjà 3.5 %, le taux de rémunération du livret A. Cherchez l'erreur. L'erreur, est dans le fait que pour ces beaux messieurs l'inflation ne saurait être que d'origine salariale.
A quoi ça sert que Trichet il se décarcasse pour éviter de baisser son taux directeur comme ses consoeurs anglo-saxonnes ? A propulser l'€ vers les sommets sans vaincre la maladie inflationniste mais en asphyxiant le malade privé de débouchés extérieurs, et à faire porter l'ajustement de compétitivité sur les salaires.
Le rêve inavoué de Trichet est que l'€ vienne demain concurrencer le $ comme monnaie de réserve. Voilà qui fera une belle jambe aux petites gens plongées dans la misère !
La politique budgétaire quant à elle est soumise à "un respect dogmatique du pacte de stabilité, dont Romano Prodi disait qu’il est une stupidité. L’application du pacte de stabilité est en effet à l’origine du "paradoxe de la dette" : la dette publique s’est accrue au cours de ces quinze dernières années au cours desquelles les gouvernements ont appliqué des politiques censées réduire le poids de l’interventionnisme public […] Le meilleur moyen de réduire les déficits est de relancer la bonne dépense, celle qui exerce un effet réel sur la croissance"remarque encore Liem. Dégager des marges budgétaires implique donc de renoncer au pacte de stabilité. CQFD.
C'est en ce point que Liem s'évade des réalités politiques quand il ajoute : " La présidence française du Conseil européen peut être l’occasion, dès le 1er juillet, de lancer enfin le chantier de la révision du pacte de stabilité pour inscrire l’Europe dans la perspective d’une relance mondiale de la croissance." Autant demander à Sarkozy d'adhérer à la LCR !
La situation risque de se compliquer encore de l'hypothèse de plus en plus probable du sauvetage par la puissance publique de grandes banques secouées par la crise financière et menaçant de faillite l'ensemble du système. La nationalisation de Northern Rock a coûté plus de 55 milliards de livres sterling aux contribuables britanniques tandis que Royal Bank of Scotland s'apprête à annoncer 4 milliards ₤ de pertes. Même chose aux Etats-Unis pour City group, Merill Lynch et JP Morgan. La très discrète Suisse n'échappe pas à l'épreuve à travers UBS, c'est dire si le mal est profond. Le pire est sans doute à venir.
"Il faut donner le signal que les autorités sont prêtes à faire ce qui est nécessaire" pour éviter un effondrement du système financier planétaire, a demandé Angel Gurria, secrétaire général de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE). Pour éviter un désastre encore plus grand, c'est en effet la solution qui s'impose rationnellement mais souhaitons bon courage aux politiques qui devront faire assumer par les contribuables les dérives de certains investisseurs après leurs beaux sermons sur la rigueur.
Selon les bons apôtres du libéralisme économique, la mondialisation était censée faire converger les pays développés et les pays en développement. Le pari est en passe d'être relevé : nous aussi bientôt on connaîtra nos émeutes de la faim».
A. Bonessian - Creusot-infos.com - Le Creusot,Bourgogne,France

 
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