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12.12.2008

Comment les journalistes se font piéger par la comm' gouvernementale

11 déc 2008 Par Florent Pommier

11h30 au ministère de l'économie ce 11 décembre 2008. La ministre Christine Lagarde a invité des dizaines de journalistes pour une conférence de presse a priori intéressante : il s'agit de parler d'une réforme du crédit à la consommation, et notamment des crédits renouvelable -15 à 20% d'intérêt, une des raisons du surendettement ou du mauvais endettement de certains ménages...

Parce que la France doit transposer en 2009 une directive européenne sur le crédit, un parlementaire, le sénateur Philippe Marini (désormais célèbre pour son amendement -vite enterré- visant à défiscaliser des pertes boursières de 2008) en a profité en novembre pour déposer une proposition de loi saluée par les associations de consommateurs. Son texte vise à mieux lutter contre le surendettement par un encadrement strict des crédits renouvelables. Il est soutenu par le médiateur de la république, Jean-Paul Delevoye, UMP comme lui. Problème : la proposition Marini attire d'emblée l'hostilité des établissements financiers -parmi eux les grandes banques produisant des crédits renouvelables. Le ministère de l'économie le sait.

Ce 11 décembre donc, Christine Lagarde doit intervenir dans ce contexte. Avant la conférence de presse, elle réunit quelques parlementaires pour en discuter, dont Philippe Marini et Jean-Paul Delevoye. Elle arrive à 12h dans la salle de presse, une demi-heure en retard sur le programme. Déjà, des journalistes de radio et télé sont sur le qui-vive pour préparer leur direct du journal de 13h ou pour les flashes d'info. Ils travaillent sur le dossier de presse fourni de longues minutes auparavant,  dans lequel il n'y a rien sur la réforme à venir. Il y a les résultats d'un rapport -intéressant d'ailleurs- sur le marché des crédits renouvelables en France. Mais ce que tous veulent savoir -et moi avec- ce sont les pistes du projet de loi à venir. Le gouvernement reprendra-t-il les propositions ambitieuses de Marini et de Delevoye? Ou veut-il simplement couper l'herbe sous le pied des deux UMP zélés? Quels seront les axes de travail concrets?

Lorsque Christine Lagarde s'exprime, on découvre... qu'elle n'a rien à dire. C'est creux et vide. On apprend que le gouvernement... réfléchit (très bien), qu'il n'a rien tranché (encore mieux) et qu'il se propose de déposer un texte avant fin mars 2009 (ah on avance...)

Quelques journalistes posent des questions précises. Les réponses sont toujours imprécises. On réfléchit. Qu'un gouvernement réfléchisse, tant mieux, mais qu'une ministre tant occupée à autre chose (plan de relance, aide aux banques, remontée du chômage, crise de l'automobile...) invite des dizaines de journalistes pour ne rien dire, c'est les faire marcher. La communication ministérielle a gagné ! Car les journalistes radio et télé, attendus pour un direct quelques minutes après, n'ont plus le loisir ou la liberté de dire à leur rédacteur en chef : "ça ne vaut pas grand chose, on ne fait rien pour l'instant, on verra en 2009 quand il y aura du concret". Et non, les chaînes d'info en continu vont en parler et diffuser des images. Les radios vont aussi relayer l'initiative. Le grand gagnant de l'affaire est le plan de comm' de Mme Lagarde. Elle a pris du temps aux journalistes, un temps qu'ils auraient pu consacrer à un autre sujet.

Le phénomène n'est pas nouveau, mais cet épisode est un signe de plus du brouillage entre info et communciation.

ntaires pour en discuter, dont Philippe Marini et Jean-Paul Delevoye. Elle arrive à 12h dans la salle de presse, une demi-heure en retard sur le programme. Déjà, des journalistes de radio et télé sont sur le qui-vive pour préparer leur direct du journal de 13h ou pour les flashes d'info. Ils travaillent sur le dossier de presse fourni de longues minutes auparavant,  dans lequel il n'y a rien sur la réforme à venir. Il y a les résultats d'un rapport -intéressant d'ailleurs- sur le marché des crédits renouvelables en France. Mais ce que tous veulent savoir -et moi avec- ce sont les pistes du projet de loi à venir. Le gouvernement reprendra-t-il les propositions ambitieuses de Marini et de Delevoye? Ou veut-il simplement couper l'herbe sous le pied des deux UMP zélés? Quels seront les axes de travail concrets?

Lorsque Christine Lagarde s'exprime, on découvre... qu'elle n'a rien à dire. C'est creux et vide. On apprend que le gouvernement... réfléchit (très bien), qu'il n'a rien tranché (encore mieux) et qu'il se propose de déposer un texte avant fin mars 2009 (ah on avance...)

Quelques journalistes posent des questions précises. Les réponses sont toujours imprécises. On réfléchit. Qu'un gouvernement réfléchisse, tant mieux, mais qu'une ministre tant occupée à autre chose (plan de relance, aide aux banques, remontée du chômage, crise de l'automobile...) invite des dizaines de journalistes pour ne rien dire, c'est les faire marcher. La communication ministérielle a gagné ! Car les journalistes radio et télé, attendus pour un direct quelques minutes après, n'ont plus le loisir ou la liberté de dire à leur rédacteur en chef : "ça ne vaut pas grand chose, on ne fait rien pour l'instant, on verra en 2009 quand il y aura du concret". Et non, les chaînes d'info en continu vont en parler et diffuser des images. Les radios vont aussi relayer l'initiative. Le grand gagnant de l'affaire est le plan de comm' de Mme Lagarde. Elle a pris du temps aux journalistes, un temps qu'ils auraient pu consacrer à un autre sujet.

Le phénomène n'est pas nouveau, mais cet épisode est un signe de plus du brouillage entre info et communciation.

 
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