22.04.2008
Un SDF sur les écrans de cinéma : une toile pour un toit
LIBE TOULOUSE
Jean-Henri Meunier, 58 ans, réalisateur du film «Ici Najac à vous la terre» sélectionné à Cannes en 2006 et pour les Césars en 2007, vit à Toulouse depuis deux ans. L'hiver dernier, il a suivi, caméra à lépaule, quelques-uns des SDF du campement des Enfants de Don Quichotte installés sur les allées François Verdier.
Résultat : un documentaire façon road movie et sans commentaires intitulé «Rien à perdre».
Le cinéaste «élevé à la musique des Doors et aux textes dHenry Miller et de Kerouac» qui avoue avoir commencé à «faire du cinéma pour échapper à lusine et ne pas devenir prolo comme (son) père» a reçu LibéToulouse dans sa salle de montage. Entretien
Libé Toulouse : Qu'est-ce qui a inspiré ce film dont le héros est un SDF ?
Jean-Henri Meunier : Une rencontre avec un SDF, justement. Un dénommé Fakir croisé rue du Taur. Il se baladait son sac sur le dos avec une coupe sportive à la main en criant à la cantonade : «jai 43 ans aujourd'hui, je suis SDF mais je men fous. Ce soir je vais faire la fête !». Il est passé devant moi. Je lai rattrapé et nous sommes allés boire un verre ensemble.
Huit jours après, je lai revu sous le Pont Neuf. Javais ma caméra avec moi car je pensais faire un film sur Toulouse. Jai commencé à le filmer. Il y avait beaucoup dhumanité dans ses yeux. Une semaine plus tard il faisait la grève de la faim avec dautres SDF devant le Capitole pour protester contre le harcèlement de la police municipale.
Début janvier 2007, je l'ai à nouveau retrouvé sur le campement monté par les Enfants de Don Quichotte sur les allées François Verdier. Je me suis retrouvé à le filmer lui et dautres pendant les 5 mois et demi de leur occupation. A partir de ce moment là, je ne pouvais plus faire autre chose. Je suis comme ça. Je me laisse embarquer par les gens. Ce qui mintéresse cest le chemin que je parcours avec eux plutôt que le but à atteindre.
Qui sont les SDF de «Rien à Perdre» ?
Jean-Henri Meunier : Quand on dit SDF cela ne veut rien dire, car ce terme sous entend des cas de figures et des parcours individuels différents. Sur le campement des Enfants de Don Quichotte, il y avait des individus très jeunes en rupture sociale pour qui cétait juste un moment de vie avant de rentrer dans le rang.
Et puis il y avait les plus nombreux pour qui le fait de se retrouver la était dû à un accident de parcours. Ce sont des monsieur et madame tout le monde qui dun coup accumulent les galères : la perte de leur emploi, un grave problème familial, un divorce et qui finissent par se retrouver à la rue très vite. Ils sont représentatifs de la société dans laquelle nous vivons.
De la même manière que tous les SDF ne sont pas alcooliques ou drogués, il n'y a pas de SDF type. L'époque des clochards célestes et des routards de la «beat generation» est terminée.
Il n'y a aucune violence dans vos images. C'est un choix ?
Jean-Henri Meunier : J'ai volontairement zappé plein de choses dans la vie du camp des allées François Verdier notamment les bastons, les tensions, les mecs défoncés. La plupart du temps cest à cela que les médias sintéresse. Je ne voulais pas apporter de leau à ce moulin. J'ai voulu monter des gens qui ne méritaient pas den être arrivés là et qui se battaient pour obtenir un logement décent.
En cela mon film est un parti pris qui nest pas représentatif des Enfants de Don Quichotte.
Quel regard portez-vous maintenant sur la société française ?
Jean-Henri Meunier : Cette société est très individualiste, elle est écoeurante. Les écarts entre les gens sont trop grands. Quand je vois les salaires des footballeurs qui sont payés des fortunes pour jouer à la baballe et quand jentends quon augmente le SMIC de 1 ou 3 pour cent cela me révolte. Jusque où cela va t-il durer ? Quelle est la goutte deau qui va faire déborder le vase ?
Plus largement, le côté vicieux de notre système capitaliste est quil distribue des miettes qui permette de maintenir la chappe. Le RMI, la CMU sont des pansements qui permettent que ça n'explose pas trop. Pour l'instant, les gens nont pas assez faim pour tout foutre en l'air mais ça peut venir.
Ce film illustre vos intentions militantes ?
Jean-Henri Meunier : Son but en tout cas était dessayer de toucher le plus de gens possible. D'aider à éveiller les consciences. En même temps je ne me fais pas dillusions. Ce ne sont pas les artistes qui déclenchent les révolutions.
Recueilli par Jean-Manuel Escarnot
06:50 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : rmi, cmu, toulouse, don quichotte toulouse, dal toulouse, jean-henry meunier |
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