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23.07.2010

Les Tsiganes, « éternels étrangers de l’intérieur » ?

Reconnaissant les difficultés d’accès aux droits sociaux des Tsiganes en France, la direction générale de l’action sociale a publié un rapport sur le sujet. Entretien avec Christophe Robert, l’un des auteurs, sociologue, directeur des études à la Fondation Abbé-Pierre. Extrait de Actualités sociales hebdomadaires.

Article publié initialement le 17 septembre 2008.

Christophe Robert brosse la situation d’une population dont la spécificité traverse les siècles, mais dont la prise en compte passe d’abord par un accès au droit commun.

Tout en travaillant sur le mal-logement à la Fondation Abbé-Pierre, vous avez soutenu, en 2006, une thèse sur les groupes tsiganes en France [1]. Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser plus particulièrement à cette population ?

Au début, le hasard. J’étais lycéen, je voulais me rendre utile, j’ai été orienté vers des familles de Gitans sédentarisés dans la Seine-Saint-Denis qui souhaitaient que leurs enfants bénéficient d’un soutien scolaire. Et de fil en aiguille, je me suis interrogé sur ces groupes qui vivent en France depuis longtemps, au milieu de la population mais sans se fondre en elle, avec des modes de vie et des pratiques culturelles singulières. On sait que les populations qui subissent les discriminations de plein fouet sont majoritairement celles issues des dernières vagues de migration. Or pour eux, qui sont souvent là depuis des siècles, qui sont français et se reconnaissent comme tels, pas de baisse de tension. Tout se passe comme s’ils restaient d’éternels étrangers de l’intérieur. Cette spécificité entraîne aussi, de leur côté, une culture particulière, faite de détachement, de résistance, de protection, avec une forte dimension communautaire, du moins dans certains groupes. Leur différence est moins liée à leur origine ethnique qu’à l’hostilité qu’ils ont rencontrée de tout temps et aux mécanismes de défense développés en retour.

Vous insistez sur la violence qu’ils subissent...

LIRE LA SUITE SUR : Observatoire des inégalités

13:44 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : droits sociaux, action sociale | | |  Facebook

13.10.2009

Le RSA, une vision libérale qui tend à moraliser et à culpabiliser le pauvre comme étant responsable de son propre sort.

Portail pour l'accès aux droits - Monique Burnichon

Jusqu’aux années 1970, le capitalisme industriel a conduit à des formes de régulation entre les intérêts du marché, la compétitivité et un certain type de protection et de sécurité pour les travailleurs. Ce qui a produit le droit du travail et la protection sociale. Syndicats et conventions collectives viennent de cette époque. En 1973, 400 000 chômeurs.
Après 1970, le statut de l’emploi commence à se dégrader, des formes de travail en dessous de l’emploi apparaissent, on revit au jour le jour : lentement le « précariat » s’installe.
La question de la pauvreté prend une place importante dans le débat social et politique français depuis les années 1980…en même temps que le thème de l’insécurité. Le risque de précarité augmentant il conduit au sentiment d’insécurité…Aujourd’hui ce sentiment est utilisé et instrumentalisé dans des domaines inhérents à toute la vie humaine et sociale.

1988 LE RMI

Le RMI (revenu minimum d’insertion) se met en place en 1988 et se propose d’apporter des réponses là où l’assurance et l’assistance se sont révélées impuissantes à prendre en compte des situations inédites de précarité.
L’idée partagée était que la société avait une dette à l’égard des plus défavorisés. Nous constations que le système n’avait pas mis en place une protection sociale pour tous et qu’il fallait inventer quelque chose de l’ordre de la solidarité nationale. Il s’agissait de corriger des injustices flagrantes. La notion, qui revient souvent à l’époque dans le travail social est celui de citoyenneté. Une citoyenneté et le droit qui ne se centrent plus sur l’emploi mais sur la personne.
Les différents courants politiques et idéologiques marquent l’opposition à l’égard d’une prestation générale : elle porterait atteinte au libre fonctionnement du marché du travail. Pour autant, le RMI inscrit dans son article 1 un droit nouveau :
« Toute personne qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation de l’économe et de l’emploi, se trouve dans l’incapacité de travailler, a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. »
Les 3 premières lignes de cet article, qui inscrivaient un droit de la personne est abrogé en 2004 et n’existe plus dans le texte du RMA.
Le RMI était bien évidemment imparfait mais le I de l’Insertion était une vision beaucoup plus globale de la personne. Des contrats d’insertion portant sur un parcours santé ou sur la recherche d’un logement décent, voir seulement sur l’acceptation d’entretiens permettaient de travailler au rythme des personnes et surtout d’essayer de traiter les problèmes posés bien en amont d’un travail salarié. Je pense qu’il y avait fort peu de radiation pour non respect du contrat d’insertion : la radiation pouvait être utilisée pour vérifier la capacité à réagir de la personne, elle n’était pas une fin en soi
De plus, l’arrivée du RMI faisait espérer « qu’un droit à un revenu minimum d’existence » pourrait finir par émerger et qu’au lieu d’étiqueter chaque catégorie (les femmes seules, les pauvres qui travaillent, ceux qui ne travaillent pas, ceux qui chôment, ceux qui chôment depuis longtemps, les handicapés etc…), en les stigmatisant, on arriverait à un revenu universel, avec l’idée que l’utilité sociale n’a rien à voir avec le salariat.
L’évolution, ce que sont devenues les pratiques avec les Rmistes, a été toute autre.

LE RSA au 1er juin 2009

Avec le RSA, on revient à des explications qui avaient cours au XIXème siècle, avec une vision libérale qui tend à moraliser et à culpabiliser le pauvre comme étant responsable de son propre sort : les pauvres ne sont pas assez courageux, pas suffisamment responsables d’eux même, ne sont pas suffisamment mobilisés.
L’idée est que ce serait des profiteurs. Des reportages sont consacrés à cela, le soupçon s’immisce partout. Et ce sont souvent des gens pas très éloignés de cette pauvreté, les smicards ou un peu au dessus des smicards, agents CPAM , CAF , Impôts, ouvriers de base, œuvres caritatives, travailleurs sociaux même, qui vont porter un œil soupçonneux. Comme s’il fallait exorciser la peur de ce que l’on pourrait devenir si on lâchait ce travail ou si ce travail nous lâchait. Ou comme s’il fallait exercer le petit pouvoir qu’il nous reste sur plus défavorisé socialement que soi. On va même blâmer ceux qui essaient d’avoir un colis alimentaire deux fois ou blâmer celui qui essaie de se faire soigner sans droit ouvert.
On crée des strates, on crée une catégorie un peu plus haute dans la hiérarchie sociale, un peu plus digne que le RMI , ceux qui vont faire l’effort de travailler. Hirsch dit : « J’insiste sur le fait que seules les personnes qui travailleront bénéficieront d’un surcroît de prestations par rapport à la situation actuelle. Avec le RSA, nous ne mettrons pas un centime dans l’inactivité et nous augmenterons sensiblement le pouvoir d’achat des travailleurs pauvres. »
Le RMI n’est pas augmenté certes, il a même diminué : il représentait 49% du SMIC à sa création, il n’en représente plus que 44.3%.
Là où le RMI amenait la notion de citoyenneté lié à un droit de la personne (au moins dans son principe de création), on repart sur un droit attaché au travail salarié, et qui plus est à un travail difficile, avec des rémunérations peu attrayantes, un travail précarisé avec un droit du travail appauvri et une possibilité de devenir acteur de son sort pratiquement nulle.
Là où le travail social trouvait une place (dans le dispositif RMI) avec l’approche globale spécifique au travail social et son exigence de respect de la dignité et de l’autonomie de la personne, l’obligation de résultat (mise à l’emploi) inscrite dans le RSA ne peut que le faire disparaître au risque d’une instrumentalisation au service de l’économique.
La plupart des allocataires du RSA vont être tenus de s’inscrire au Pôle emploi, de signer le fameux projet personnalisé d’accès à l’emploi (PPAE) qui oblige à accepter les « offres raisonnables d’emploi ». Le « raisonnable » du Pôle emploi a-t-il une chance de s’articuler avec « l’autonomie » et « la dignité » chers au travail social ?
C’est le même mécanisme qui se met en place dans la réforme de l’AAH (Allocation Adulte Handicapé) : créer un parcours du combattant pour que la personne handicapée accède à l’emploi. Là aussi, il pourrait y avoir des profiteurs, sans doute ? Ne conviendrait-il pas plutôt de reconnaître aux personnes une utilité sociale, qu’elles soient handicapées ou non ?
Que restera-t-il du travail social qui s’était inscrit dans le dispositif RMI, quand les moyens mis sur le RSA (travailleurs) ne le seront plus au profit de la population la plus défavorisée ? Actuellement, 20 ans après le RMI, 50% de ses bénéficiaires ne bénéficient toujours pas d’un contrat d’insertion.

La logique mise en oeuvre est celle de l’incitation au travail. Comme le disent les textes : la création du RSA vise à mobiliser des crédits de la solidarité nationale aujourd’hui consacrés au financement de minima sociaux au profit d’un dispositif favorisant le travail et l’activité dans des conditions telles que celle-ci soit réellement créatrice de pouvoir d’achat. Une pression pour contraindre à accepter n’importe quel emploi, même dans les pires conditions.

CONSEQUENCE DU RSA SUR LE MONDE SALARIE

L’incidence du RSA peut renforcer la difficulté à améliorer les conditions de travail des emplois précaires, pénibles et dangereux, en incitant les entreprises à ne pas les améliorer.
En effet la pérennité du RSA conduit à se demander comment les entreprises l’intégreront dans leurs stratégies de gestion, tant du point de vue des formes de l’emploi offertes que de la politique salariale.
Par exemple on peut se demander si les négociations engagées dans la grande distribution pour enrayer le recours au temps partiel se dérouleraient dans des conditions analogues.
La pérennité du RSA amène à penser l’institutionnalisation d’un statut de travailleur pauvre.
Le temps partiel subi constitue une part de la pauvreté actuelle, notamment pour les femmes. Ce dispositif pourrait produire « un effet d’aubaine » pour certains employeurs, une trappe à bas salaires.

Pour en savoir plus sur le fonctionnement du RSA, voir l’article " LE RSA : qu’est ce que c’est ?".

Monique Burnichon

Ecouter l’émission de Radio dio au sujet du RSA avec des travailleurs sociaux sur le site du Numéro Zéro

Lire aussi la réaction de Pierre Saglio, président du Mouvement ATD Quart Monde : "Le RSA traduit une méfiance envers les pauvres"

10.06.2008

Politique du logement : la France violerait la Charte sociale européenne

Politique du logement : la France violerait la Charte sociale européenne

Deux rapports du Comité européen des droits sociaux mettent en cause le "droit au logement" en France
lundi 9 juin 2008, par Guy Lemée

La France sérieusement épinglée, à la suite de réclamations d’associations : le Comité (émanation du Conseil de l’Europe) dont la Charte a été ratifiée par notre pays n’y va pas par quatre chemins... En deux mots : la France doit passer aux actes et ne pas se contenter d’objectifs (ou de principes).

Au passage, nos pratiques sont égratignées. Vous trouverez dans le texte ci-dessous les liens vers les rapports, les dossiers, etc.


Une présentation unique de ces deux rapports, des mises en perspective éclairantes, des analyses fines... un travail remarquable à la suite de la publication de ces deux rapports ! A lire absolument !! Il n’est pas douteux que vous allez "en entendre parler"...

Reproduction des papiers de JPB et RL

=======citation(s)=================

Le Comité rappelle qu’une offre de logement d’un coût abordable doit être assurée. Un logement est d’un coût abordable lorsque le ménage qui l’occupe peut supporter les coûts initiaux (garantie, loyer d’avance), le loyer courant et les autres frais (charges de fonctionnement, d’entretien et de gestion, par exemple) en longue période tout en conservant un niveau de vie minimum, tel que l’entend la collectivité dans laquelle il évolue (Conclusions 2003, Suède, p. 700).

La réaction de notre ministre aux deux rapports du Comite Européen des Droits Sociaux mis en ligne hier par le Conseil de l’Europe permet de constater que la ligne de défense du gouvernement n’a pas changé depuis un an. Il faut pourtant reconnaître son inefficacité puisque c’est à l’unanimité qu’est reconnue la violation de l’article 31 de la Charte sociale européenne dans ses 3 alinéas :

Article 31 – Droit au logement Partie I : « Toute personne a droit au logement. » Partie II : « En vue d’assurer l’exercice effectif du droit au logement, les Parties s’engagent à prendre des mesures destinées : 1 à favoriser l’accès au logement d’un niveau suffisant ; 2 à prévenir et à réduire l’état de sans-abri en vue de son élimination progressive ; 3 à rendre le coût du logement accessible aux personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes. »

Que répond invariablement la France par la voix d’Hélène Dadou (DGUHC, IPC, nommée le mois denier au CA de l’Agence foncière et technique de la région parisienne) ou de Christine Boutin ? Elle exhibe une panoplie légale et réglementaire à faire frémir. Que dit le Comité ? Respecter un engagement est un acte, non une intention (obligation de résultat et non de moyens), donnez-nous des statistiques en réponse à vos accusateurs (« le Gouvernement ne donne pas d’informations statistiques pertinentes ou ne procède pas à une confrontation entre besoins constatés, moyens dégagés et résultats obtenus. ») Bien entendu les 8 pays consignataires de la Charte révisée, comme la Croatie, Chypre, le Portugal, la Bulgarie, la Slovénie (le seul grand est l’Italie) etc. ne sont pas des terres d’immigration, ni confrontés au logement dans des centres urbains mondialement attractifs comme le sont en Europe Londres (non-signataire) et Paris. La France aurait dû demander une adaptation du texte. Bien entendu la France offre un niveau technique moyen de logement parmi les plus élevés d’Europe.

Pourtant, on perçoit à travers les dossiers DALO, la centralisation des fichiers de demandeurs d’HLM etc. que les estimations de la Fondation abbé Pierre méritèrent d’être affinées – pour le moins. L’absence récurrente de données, de mesures – thème qui faisait l’objet d’un long développement dans le dernier livre de M-N Lienemann – demande enfin une réaction positive, rapide et sérieuse. On voit aussi ce qu’a d’incompréhensible pour les experts étrangers la définition française du logement social avec ses dimensions de mixité et de tutelle administrative. Le manquement est motivé « en raison des modalités d’attribution des logements sociaux aux personnes les plus pauvres et de l’insuffisance des voies de recours en cas de délais d’attribution trop longs »

La sanction au manquement - qui sera confirmé par le Conseil - est l’obligation de produire un rapport sur les mesures prises pour donner effet à la recommandation … nous y parviendrons. Vous devez lire ces rapports quoiqu’on dise humiliants.

=======

Lien sur la Charte - Lien sur le Protocole additionnel à la Charte sociale européenne prévoyant un système de réclamations collectives

La réclamation FEANTSA (Fédération européenne des Associations Travaillant avec les Sans-Abri, dont les travaux sont suivis par l’hebdo) du 4 février 2008 porte sur la violation de l’art 31 et E de la Charte sociale européenne (pdf 54 pages sur ce lien). Elle se fonde sur le rapport annuel 2005 de la Fondation Abbé Pierre et concerne sur les sans abris, le logement décent et le manque de logements abordables. Extraits ► « les droits énoncés par la Charte sociale sont des droits qui doivent revêtir une forme concrète et effective et non pas théorique

► Définition d’un « logement d’un niveau suffisant » .. le décret du 30 janvier 2002, ne s’applique qu’au secteur locatif. Il n’y a aucun texte fixant des standards pour les logements occupés par leurs propriétaires…le Comité a observé tout au long de ces dernières années l’absence d’une réglementation générale au plan national … Il constate de surcroît que l’adoption et la mise en oeuvre, au niveau régional et local, des dispositifs réglementaires destinés à améliorer la qualité des logements n’est pas toujours garantie dans les faits et varie selon les départements.

► Il y a une disparition progressive du parc locatif privé à bon marché, on est passé de 107 600 logements bénéficiant de subventions ANAH en 1997 à 87291 en 2003. … le nombre de logements conventionnés est passé de 9100 en 1997 à 7705 en 2003. Enfin les Programmes Sociaux Thématiques (PST) qui sont des conventions qui génèrent un niveau de loyer calé sur les moins chers des logements sociaux (PLA-I) sont passés de 3200 en 1997 à 1777 en 2003.

► La loi SRU … Les mécanismes coercitifs qui pèsent sur les communes sont légers : une faible amende moins onéreuse que le coût social estimé de la présence d’habitants pauvres. ..

► I l’Etat consacre une part croissante des dépenses publiques au secteur privé (23% en 1990 contre 33% en 2000). Le secteur social, avec 30 % des dépenses, n’est plus le principal bénéficiaire des aides de la collectivité. ► si tous ces objectifs étaient atteints c’est-à-dire si 591 000 logements sociaux étaient réalisés d’ici 2009, il semble qu’on observerait toujours un déséquilibre considérable par rapport aux besoins, dans la mesure où ces derniers peuvent être quantifiés d’après le nombre de demandes d’attribution de logements sociaux.. ► aucun mécanisme d’intervention clair n’ait été mis en place pour veiller à ce que l’offre de logement aux plus défavorisés ait la priorité voulue et que l’évaluation des besoins des plus défavorisés soit intégrée dans le programme de logements sociaux.

► De façon générale, aucune des observations fournies par le Gouvernement – qui consistent, pour l’essentiel, à décrire un effort normatif et organisationnel – n’est de nature à invalider les analyses présentées par la FEANTSA au sujet de ce grief… … Le Comité considère que la procédure d’attribution ne garantit pas suffisamment d’équité et de transparence car le logement social n’est pas réservé aux foyers les plus pauvres. Le concept de « mixité sociale », tel que prévu par la loi de 1998, qui sert souvent de fondement au refus de l’octroi d’un logement social, conduit souvent à des résultats discrétionnaires ce qui exclut les pauvres de l’accès au logement social. ► La principale difficulté vient de la définition peu claire de ce concept dans la loi et, en particulier, du manque de toutes lignes directrices sur sa mise en oeuvre en pratique. Par conséquent, le Comité considère que l’absence de disponibilité de logements sociaux pour les personnes les plus défavorisées constitue une violation de la Charte révisée.

► Le Comité relève un autre problème particulièrement important dans le système d’attribution : la loi donne compétence aux préfets d’allouer un certain contingent de logements sociaux aux personnes considérées en situation prioritaire. Cependant il n’apparaît pas que cette procédure soit appliquée de manière significative en pratique.

Par ces motifs, le Comité conclut à l’unanimité − qu’il y a violation de l’article 31§1 .. en raison du progrès insuffisant concernant l’éradication de l’habitat indigne et le manque d’infrastructures adéquates pour un grand nombre de ménages… − qu’il y a violation de l’article 31§2 .. en raison de l’application non satisfaisante de la législation en matière de prévention des expulsions et le manque de dispositifs permettant de proposer des solutions de relogement aux familles expulsées ;.. de l’insuffisance des mesures qui sont actuellement en place pour réduire le nombre de sans-abri, d’un point de vue tant quantitatif que qualitatif ;… de l’insuffisance de l’offre de logements sociaux accessibles aux populations modestes ; − qu’il y a violation de l’article 31§ 3 en raison du dysfonctionnement du système d’attribution des logements sociaux ainsi que des voies de recours y relatives…

La réclamation ATD Quart Monde vise aussi la violation des articles 16 et 30 (pdf 53 pages sur ce lie n). La rapport est moins unanime dans la constatation de manquement, notamment sur les discriminations. Article 16 Partie I : La famille en tant que cellule fondamentale de la société, a droit à une protection sociale, juridique et économique appropriée pour assurer son plein développement … les Parties s’engagent à promouvoir la protection économique, juridique et sociale de la vie de famille, notamment par le moyen de prestations sociales et familiales, de dispositions fiscales, d’encouragement à la construction de logements adaptés aux besoins des familles, d’aide aux jeunes foyers, ou de toutes autres mesures appropriées.

Article 30 Partie I : Toute personne a droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale ». .. les Parties s’engagent : a/ à prendre des mesures dans le cadre d’une approche globale et coordonnée pour promouvoir l’accès effectif notamment à l’emploi, au logement, à la formation, …

Extraits ► En ce qui concerne la tenue de statistiques, cette obligation revêt une portée particulièrement importante s’agissant du droit au logement en raison de la multiplicité des moyens d’action, de l’interaction entre ces différents moyens ainsi que des contre-effets susceptibles d’intervenir en raison de cette complexité. Cependant, les statistiques n’ont de sens que si elles permettent de comparer les moyens dégagés ainsi que les résultats obtenus ou progrès réalisés aux besoins constatés… le Comité relève que sur plusieurs points le Gouvernement ne donne pas d’informations statistiques pertinentes ou ne procède pas à une confrontation entre besoins constatés, moyens dégagés et résultats obtenus. Il ne semble pas de fait qu’il soit procédé à une vérification régulière de l’effectivité des stratégies arrêtées.

► le Comité constate que le système français en matière d’expulsions n’apporte pas, ni aux termes des dispositions applicables, ni dans la pratique, les garanties exigées en matière de relogement. La loi du 29 juillet 1998 contre l’exclusion ne garantit en effet en rien qu’un individu expulsé sera relogé. Le Comité constate une multiplication des cas d’expulsions où les personnes concernées ne sont pas relogées, et ce même lorsque les logements qu’on les oblige à quitter ne répondent pas aux conditions minimales d’habitabilité. Aussi, eu égard au nombre élevé d’arrêtés d’expulsion prononcés en France chaque année, et compte tenu du risque que l’expulsion ne conduise durablement à l’état de sans-abri, le Comité considère que l’absence de garanties quant aux possibilités d’obtenir un relogement stable et accessible avant la date de l’expulsion est contraire à l’article 31§2.

► le Gouvernement précise dans sa réponse.. que « si la construction de logements sociaux peut sembler s’orienter vers des logements plus onéreux, c’est qu’elle tente de répondre à une demande large (…)l’offre de logement doit s’adresser non seulement aux plus défavorisés mais aussi à une large part de la population qui, confrontée à des difficultés économiques passagères ou à une crise localisée de l’immobilier, a besoin d’un logement décent. ». … Le Comité constate ..qu’il ne suffit pas à justifier l’inadéquation manifeste et persistante des mécanismes d’intervention existants pour s’assurer que l’offre de logements sociaux aux plus défavorisés bénéficie de toute la priorité qui convient. La situation constitue par conséquent une violation de l’article 31§3.

► Le Gouvernement rappelle que si la mixité sociale est un objectif général visé par l’article L.441 du CCH, cet objectif ne prime en aucun cas sur les critères de priorité. ► De façon générale, aucune des observations fournies par le Gouvernement - qui consistent, pour l’essentiel, à décrire un effort normatif et organisationnel - n’est de nature à invalider les analyses présentées par ATD Quart Monde …

► Le Comité relève qu’un rapport réalisé en 2005 par le CNH à propos de la lutte contre la discrimination dans l’accès au logement confirme que la grande majorité, si ce n’est la totalité, des pratiques discriminatoires en matière d’accès au logement sont fondées sur la nationalité ou l’origine des demandeurs … Le Comité note par ailleurs qu’une autre source fait état d’une réaction disproportionnée des autorités françaises dans un certain nombre de cas d’expulsions de Roms …Selon la source en question, les familles ont été déplacées avec une « grande brutalité » ; au moins 400 d’entre elles ont disparu et referont probablement surface dans d’autres bidonvilles du nord de Paris où il n’y a ni eau, ni électricité… par 9 voix contre 4 qu’il y a violation de l’article 30 combiné avec l’article E de la Charte révisée.

Document C’est la première fois que de tels constats de violation de la Charte des droits sociaux en matière de logement sont rendus par ce Comité. Le Comité a aussi stigmatisé "une discrimination dans l’accès au logement", estimant que la procédure d’attribution des logements sociaux locatifs "ne garantit pas suffisamment d’équité et de transparence, car le logement social n’est pas réservé aux plus pauvres". Emmaüs se félicite, Christine Boutin relativise Christine Boutin " je partageais l’indignation de la situation du logement en France et j’ai mené moi aussi le combat pour que le droit au logement devienne une réalité. J’ai obtenu la loi DALO..." Le Conseil pessimiste, même avec la loi Dalo Le comité regrette notamment que le concept de "mixité sociale", qui vise à éviter la création de ghettos de familles en difficultés, aboutisse à des décisions "discrétionnaires" en matière d’attribution des logements. Au détour d’un des rapports, l’un des objectifs de la loi Dalo est d’ores et déjà jugé insuffisant.

=======fin de citation======

Affaire à suivre... Cordialement, Guy Lemée

09.06.2008

La France condamnée pour violation du Droit au Logement par le Conseil de l'Europe, le Mouvement Emmaüs satisfait

Suite à une réclamation collective déposée par la FEANTSA « Fédération Européenne des Associations Nationales de Travail avec les Sans Abri », la France s'est vue condamnée aux violations de l'article 31 de la Charte sociale révisée par le Conseil de l'Europe.

Le Mouvement Emmaüs souhaite que le Gouvernement tire toutes les conséquences de cette condamnation et mette en place, d'une manière volontaire et déterminée les actions correctives prévues. Cette décision vient en effet conforter la dénonciation faite par le Mouvement depuis des mois, d'une prise en compte très insatisfaisante de la crise du logement et de ses conséquences pour les plus démunis.

L'article 31 de la Charte sociale révisée indique que :
« En vue d'assurer l'exercice effectif du droit au logement, les parties (les états) s'engagent à prendre des mesures destinées :

1. à favoriser l'accès au logement d'un niveau suffisant ;
2. à prévenir et à réduire l'état de sans-abri en vue de son élimination progressive ;
3. à rendre le coût du logement accessible aux personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes. »

Parmi les attendus de la décision le mouvement Emmaüs relève que « le gouvernement ne donne pas d'informations statistiques pertinentes ou ne procède pas à une confrontation entre besoins constatés, moyens dégagés et résultats obtenus.»

Le Comité des Droits Sociaux, juridiction du Conseil de l'Europe, qui a rédigé les conclusions de cette condamnation, relève l'absence, depuis très longtemps, de plan d'ensemble pour résorber l'habitat indigne ; il pointe également l'absence de garantie donnée aux personnes susceptibles d'être expulsées d'obtenir un relogement stable et plus globalement une forte déficience des politiques de prévention des expulsions.

Enfin, dans le débat qui a opposé le gouvernement aux associations au cours de l'hiver dernier concernant l'ouverture de places supplémentaires pour les sans abri, « le comité estime que les mesures qui sont actuellement en place pour réduire le nombre de sans-abri sont insuffisantes, d'un point de vue tant quantitatif que qualitatif, et constituent une violation de l'article 32.1 de la Charte révisée ».

Le Mouvement Emmaüs demande au gouvernement de tirer toutes les conséquences de cette condamnation qui fera jurisprudence. Il est grand temps de mettre en place les actions correctives prévues d'une manière volontaire et déterminée. A cet égard, bien que le gouvernement ait mis en place un chantier national prioritaire sur le sujet, celui-ci n'a quasiment pas démarré. Les treize engagements demandés par le Collectif des associations unies pour une nouvelle politique publique du logement des personnes sans abri et mal logées doivent trouver des réponses de toute urgence.

12:36 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france, droits sociaux, atd quart-monde, feantsa, emmaus | | |  Facebook

Logement : le Secours Catholique appelle l'Etat à intensifier ses efforts

Le Secours Catholique se félicite du rapport émis, par le Comité Européen des droits sociaux du Conseil de l'Europe, en réponse à une réclamation collective déposée par le mouvement ATD Quart Monde.

Ce rapport dénonce le non-respect par la France de plusieurs articles de la charte sociale européenne en matière de logement et d'hébergement. L'Europe dénonce notamment :
- une offre insuffisante de logement accessible aux personnes les plus pauvres
- une opacité des modalités d'attribution des logements sociaux
- des procédures d'expulsion n'intégrant pas la dimension de prévention et de relogement des personnes concernées
- le mauvais traitement réservé aux roms et aux gens du voyage

Ces observations rejoignent directement les constats portés depuis de nombreuses années par le Secours Catholique ainsi que son engagement au sein du Collectif des associations unies*, tel qu'il s'est traduit dans le texte commun : « pour une nouvelle politique du logement : 13 engagements gouvernementaux ».

Le Secours Catholique poursuit avec le Collectif son combat pour l'application de la loi sur le droit au logement opposable de tous et en particulier des plus vulnérables. Il appelle l'Etat à intensifier ses efforts pour atteindre ces objectifs essentiels de solidarité et de lutte contre l'exclusion.

* Collectif des associations unies pour une nouvelle politique publique du logement des personnes sans abri et sans logement.

12:29 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france, droits sociaux, atd quart-monde, feantsa | | |  Facebook

08.06.2008

La FAPIL attend tes réactions !

Une décision européenne ci-jointe extrêmement intéressante, à exploiter autant que possible, politiquement et juridiquement. Prenez le temps de la lire, elle est très satisfaisante. Retournez vos réactions !

Petite explication préalable :
La France a ratifié l'article 31 de la "Charte européenne sociale révisée" :
"En vue d'assurer l'exercice effectif du droit au logement, les parties [les Etats] s'engagent à prendre des mesures destinées :
1. à favoriser l'accès au logement d'un niveau suffisant ;
2. à prévenir et à réduire l'état de sans-abri en vue de son élimination progressive ;
3. à rendre le coût du logement accessible aux personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes."
Le Comité européen des Droits sociaux (CEDS) juge de la conformité du droit et de la pratique des Etats parties à la Charte sociale européenne. Une "réclamation collective" permet de saisir le Comité européen des Droits sociaux de recours alléguant de violations de la Charte. C'est ce qu'à fait la FEANTSA (c'est à dire Marc Uhry, membre de Jurislogement) en novembre 2006 pour mettre en cause le respect par la France de ses obligations en matière d'amélioration du droit au logement.

Brièvement, les conclusions du CEDS :
Violation de l’article 31 de la Charte révisée en raison :
- du progrès insuffisant concernant l’éradication de l’habitat indigne et le manque d’infrastructures adéquates pour un grand nombre de ménages;
− de l’application non satisfaisante de la législation en matière de prévention des expulsions et le manque de dispositifs permettant de proposer des solutions de relogement aux familles expulsées ;
− de l’insuffisance des mesures qui sont actuellement en place pour réduire le nombre de sans-abri, d’un point de vue tant quantitatif que qualitatif;
− de l’insuffisance de l’offre de logements sociaux accessibles aux populations modestes;
− du dysfonctionnement du système d’attribution des logements sociaux ainsi que des voies de recours y relatives;
− de la mise en œuvre insuffisante de la législation relative aux aires d’accueil pour les gens du voyage.

FAPIL
Noria Derdek
221, Bd Davout
75 020 Paris
01 48 05 05 75

 
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