29.10.2009
Strasbourg : Capacités d'accueil encore insuffisantes
Le décalage entre les effets d'annonce et la réalité est fréquent. Cela se vérifie aussi pour les femmes battues.
Dans le même temps, les crédits dédiés au tissu associatif sont rognés. Les subventions allouées en 2009 à "SOS Femmes solidarité" ont diminué par rapport à 2008.
« Et pour 2010, une baisse supplémentaire de 4 à 5% est annoncée, alors que la liste d'attente concerne en permanence 8 à 9 femmes avec enfants, parfois 15 ou 16, déplore Dominique Guillien, directrice du foyer Flora Tristan et de son centre d'hébergement d'urgence. En 2006, nous avions fait une demande pour dix places supplémentaires, et n'en avons obtenu que six l'année suivante ».
L'habilitation pour l'accueil, fixée à 39 résidants, est sous-estimée compte-tenu de la présence d'enfants en assez grand nombre. Dans la réalité, ce sont souvent 42 à 43 personnes qui doivent être logées par le mouvement militant.
La suite de l'article dans les DNA
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28.05.2008
Je ne me voyais pas comme une femme battue
Une femme témoigne de sa difficulté à prendre conscience que son couple vivait dans un climat de violence. Elle raconte le chemin qui l'a amenée dans un accueil d'urgence, à La Roche-sur-Yon.
Quand elle va chercher ses enfants à l'école, dans un quartier de La Roche, Lisa (1) est une maman comme les autres. Ça l'amuse presque : « C'est fou : nous vivons tous les trois dans une résidence réservée aux femmes qui, comme moi, fuient la violence d'un compagnon, et les gens ne soupçonnent rien de nos difficultés ! » Elle commente : « C'est aussi dû au fait qu'on n'imagine pas que ça peut toucher tout le monde, même une femme souriante et bien habillée comme moi. Moi-même, j'ai mis longtemps à réaliser que j'étais « là-dedans » ! »
Hébergée en foyer d'accueil d'urgence puis en résidence spécialisée (2), Lisa trouve bénéfique ce contact avec d'autres femmes : « En écoutant leurs histoires, je réalise que mon attitude est assez classique : je lui trouvais des excuses et je culpabilisais de mon propre comportement. »
Climat de violence
Les coups pour lesquels Lisa a porté plainte sont récents, mais elle estime qu'elle vivait dans un climat de violence depuis des années, sans s'en rendre compte : « Nous nous agressions verbalement au quotidien, mais ça nous paraissait normal. Il se moquait de mon boulot, je n'étais pas fine non plus : quand j'ai compris qu'il avait une autre femme, j'ai pris les clés pour l'empêcher de sortir. Je pense qu'il voulait me quitter depuis longtemps, mais n'avait pas les mots pour le faire... d'où les coups. »
Les derniers mois ont été particulièrement éprouvants. « Tout était difficile. Attendre que les bleus apparaissent pour aller voir le médecin, affronter la salle d'attente, subir les brimades de ma belle-mère... » Les gendarmes ont ordonné à l'homme de quitter le domicile familial, mais Lisa assure qu'il est venu prendre des meubles pendant son absence : « C'était invivable. Il avait tout mis à son nom : la maison, les voitures... Il paraît que c'est une technique courante chez les hommes qui veulent avoir une emprise sur leur femme. »
La famille a ses limites
Elle a fui, avec quelques valises, par le train de 6 h du matin. Première déconvenue en Vendée, à des centaines de kilomètres de son domicile : « Mes proches m'ont accueillie, mais les problèmes pratiques s'ajoutent aux difficultés de compréhension : ce n'est pas évident d'héberger une femme avec deux enfants ! » Une parente suggère d'aller voir une assistante sociale. Lisa n'y avait pas pensé : « Malgré ma plainte et ma fuite, je ne réalisais toujours pas que j'en étais là. »
La jeune femme fait beaucoup de compliments sur la prise en charge sociale. La situation n'est évidemment pas très confortable, même si l'aînée a déjà pu prendre le chemin de l'école : « A l'accueil d'urgence, les premières semaines, on vit vraiment en collectivité et la sécurité impose que l'on ne communique l'adresse à personne. En résidence, c'est un peu plus souple. J'ai un petit appartement pour lequel je paye un loyer en fonction de mes revenus : on est en famille, mais je suis pressée de retrouver un cadre normal, en reprenant un travail, notamment. »
Quand une voiture du même modèle que celle de son ancien compagnon pointe son nez, Lisa sursaute : « Je suis hébergée comme femme en danger, mais si le père vient prendre les enfants, je ne peux rien faire contre lui... Il sait où nous sommes : j'ai repris contact avec lui, pour les enfants. J'ai hâte que le juge se prononce au sujet de la garde. »
Petit à petit, Lisa accepte l'idée qu'il va falloir un peu de temps avant de reprendre une vie normale. Son parcours en milieu spécialisé dans l'accueil de femmes battues l'aide beaucoup : « Ça me fait du bien de me sentir enfin comprise. Et puis, ça me permet de mettre en route un travail sur moi : je prends conscience que mon rapport à la violence est faussé par ma propre enfance. Je veux travailler là-dessus, avec l'espoir de refaire ma vie sans me tromper une deuxième fois. J'ai du mal à y croire en ce moment, mais ça doit bien exister, des hommes non violents... »
(1) Prénom d'emprunt.
(2) Lisa a été aidée par l'Accueil d'urgence femmes en difficultés (AUFD). Elle est actuellement aidée par l'association Passerelle.
Ouest-France
06:30 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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