04.08.2009
Hébergement d'urgence : Il faut que l'on sorte enfin d'une politique au coup par coup
DIDIER CUSSERNE DELEGUE GENERAL DE L'ASSOCIATION EMMAÜS - ITW LES ECHOS
Depuis la polémique soulevée cet hiver par le gouvernement sur l'hébergement forcé, quelles sont les solutions qui ont été apportées aux sans-abri ?
Globalement, il ne s'est pas passé grand-chose, à part l'émotion suscitée par le nombre de morts dans la rue, comme chaque hiver. 1.150 lits d'urgence ont bien été ouverts en région parisienne dans le cadre du plan hivernal, mais ces places ne sont que temporaires et, une fois que les beaux jours reviennent, on remet les gens à la rue. Ce n'est pas une politique de long terme. Nous avons beaucoup de mal à pérenniser ces centres précaires. Une enveloppe spéciale a certes été débloquée cet hiver, mais il s'agit surtout d'un effet d'annonce car chaque augmentation de budget sur l'hébergement n'est en fait qu'une anticipation sur ce qui est déjà dépensé.
Quelles sont les avancées de la loi Boutin sur l'hébergement d'urgence ?
La loi a créé un fonds de réhabilitation sur l'hébergement d'urgence et a permis de normer la qualité des hébergements. Il s'agit d'améliorer l'existant, mais sans créer de nouvelles capacités, au contraire. L'accueil devrait être amélioré en transformant des dortoirs en chambres à un ou deux lits. Il sera ainsi désormais possible de recevoir des couples ou des personnes accompagnées d'animaux. Mais, pour l'instant, c'est surtout théorique et il n'y a pas grand-chose de concret.
Les associations avaient demandé un moratoire sur les expulsions. Il a été refusé, quelles en sont les conséquences ?
Nous avons beaucoup de mal à mesurer ces conséquences, notamment le nombre de personnes qui se sont retrouvées à la rue, car les chiffres officiels ne sont pas encore connus. Ce que je peux dire, c'est que le soutien des associations aux personnes menacées d'expulsion produit ses effets. J'en veux pour preuve la plate-forme téléphonique créée par la Fondation Abbé-Pierre, qui a déjà reçu plus de 600 appels un mois après sa création début juin.
Qu'attendez-vous du nouveau secrétaire d'Etat au Logement, Benoist Apparu ?
Ses déplacements hier et aujourd'hui sont-ils un signe positif ?
Que le secrétaire d'Etat se déplace pour prendre la mesure de la situation dans l'hébergement, c'est pour le moins normal. Le point positif, c'est qu'il est en charge du logement et de l'hébergement, ce qui n'était pas certain au départ, or les deux dossiers sont liés. Nous attendons beaucoup de lui, notamment que l'on sorte enfin du bricolage au coup par coup. Les associations ont d'ailleurs changé de ton récemment, on l'a vu avec le moratoire sur les expulsions, elles sont désormais plus offensives dans leurs actions. Nous saurons nous mobiliser à nouveau, et mobiliser l'opinion publique, pour qu'une vraie politique du logement soit menée.
PROPOS RECUEILLIS PAR M. B., Les Echos
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