23.04.2008
NORD La crise, dans la région, on la vit au jour le jour
À Crespin, chez Guy et Marie-Christine Pichon, éplucher les factures est devenu une nécessité.
Dans une économie mondialisée, la surchauffe des marchés au niveau global se fait sentir jusqu'à l'échelon local. Dans les familles, chez les entrepreneurs, la tempête économique souffle dans la région.
C'est une famille comme il en existe probablement des milliers dans la région. Petits propriétaires ni riches à millions, ni dans le besoin. Mais le genre de famille qui a gardé l'habitude de tout compter, parce que tout compte. En francs plutôt qu'en euros. Et pas seulement pour les grosses sommes. Les Pichon, la petite cinquantaine, quatre enfants, vivent loin, très loin des salles de marchés où se fixe le prix de leur quotidien. Ils habitent et travaillent à Crespin, près de Valenciennes, à l'ombre de l'usine Bombardier. Cela dit, la marche de l'économie, ils connaissent et ont appris à vivre avec. « Une partie des activités de l'usine a été délocalisée en Tchéquie, ca leur coûte moins cher, raconte Guy, le père, 34 ans de boîte comme ouvrier qualifié et dont le salaire plafonne à 1 500 E par mois. Avant, on fabriquait le train de A à Z. Maintenant, on ne fait plus que l'assembler ».
Depuis quelques mois, les conséquences d'une économie mondiale un peu folle se font un peu plus sentir. Au purgatoire des classes moyennes, les Pichon tirent la langue et le diable par la queue. « Ca devient dément, s'emporte Marie-Christine, qui tient les cordons de la bourse familiale.
Le plaisir de Guy, c'est sa boîte de Vache qui rit®. Elle est à près de 3 E quand on la payait 6 francs avant ».
Et tout est à l'avenant. Le pain, la salade, la viande et les pommes de terre... « Heureusement que pour le gasoil, il y a la Belgique à côté. Mais même là-bas, ça augmente, et vu comme le prix du baril monte, ça va pas aller en s'améliorant »
« Un euro par-ci, un euro par-là »
À la bourse, la cotation des matières premières grimpe en flèche. Dans le chariot, c'est pareil. « Avant, avec cent francs, on faisait des courses et on avait de quoi vivre. Maintenant, qu'est-ce qu'on fait avec 20 E ? », s'interroge le couple.
Résultat, on épluche les prospectus en famille pour débusquer les promotions, on se reporte sur le hard-discount du coin. Les temps changent, les comportements suivent. La ceinture se serre chaque jour un peu plus. « C'est l'accumulation qui est difficile à vivre, explique Guy.
Un euro par-ci, un euro par-là. Au final, le budget se réduit. Mon salaire lui, n'a augmenté que de 18 E en deux ans ».
Factures à l'appui, Marie-Christine met un peu de concret sur le mot inflation : « pour une consommation de 24 Kw/h de plus, on a pris 10 E d'augmentation en un an. L'abonnement téléphonique est passé de 15 à 16 E par mois l'an dernier ». L'échéancier de Gaz de France, lui, ne reflète pas encore la hausse de 10 % depuis le début de l'année. « Mais quand on va avoir le rattrapage en novembre sur notre consommation réelle, ça va faire mal », prédit le couple. Du coup, Guy songe à investir dans une cheminée à bois. Il n'y a pas de petites économies. La rigueur, ici, ne cache pas son nom.
Ressentiment
Du coup, le ressentiment guette. « Chaque jour on nous pond quelque chose. Au début de l'année, c'était la franchise médicale. Il y a quinze jours, c'était le billet famille nombreuse, la semaine dernière, les allocs et le chômage. On se demande ce qui va encore nous tomber dessus la semaine prochaine ». Travailler plus pour gagner plus alors ? « Vous plaisantez !, s'empourpre Guy. J'ai 34 ans de métier. Dont 26 posté. C'est pas 34 ans derrière un bureau. Les douleurs, on les sent ». « Quand vous prenez les nécrologies ici, tous les jours on en a qui partent à 55, 60 ans. Et on vient nous parler de reculer l'âge de la retraite », renchérit Marie-Christine.
Il y a quelques semaines, Guy est allé au cinéma. C'était pour aller voir les « Ch'tis ». Il a payé sa place, 8 E. Ça faisait des années qu'il ne s'était pas autorisé ce luxe. Alors la projection privée du film à l'Élysée, forcément, lui a un peu ôté l'envie de rire.
« Nous, ce qu'on aimerait, c'est juste un peu plus de justice sociale », lâche Guy, dans un demi-sourire. Un sourire, crispé, qui dissimule mal la colère. Cette colère de plus en plus caractéristique de ces classes moyennes que le manque de moyens déclasse. •
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| Tags : JUSTICE SOCIALE, RETRAITE, FRANCHISE MÉDICALE, INFLATION, FRANCE, SARKOSY |
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23.03.2008
Des députés de la majorité appellent le gouvernement à "plus de justice sociale"
LEMONDE.FR
Dans une tribune publiée vendredi 21 mars dans Les Echos, vingt députés de la majorité présidentielle ont appelé à ce que les réformes gouvernementales soient "marquées du sceau de la justice". "Nous soutenons la volonté de réforme du gouvernement, mais nous restons très vigilants vis-à-vis du contenu des réformes, qui ne peuvent se faire sans esprit de justice", soulignent les signataires, qui souhaitent "un nouvel équilibre entre exigence d'efficacité et exigence de justice sociale".
Prenant acte de marges de manœuvre limitées par les déficits ou la conjoncture internationale, le collectif fait de la revalorisation du pouvoir d'achat une des priorités : "Il nous faut améliorer le minimum vieillesse, les pensions de réversion et le pouvoir d'achat des salariés à bas revenus." Pour y parvenir, les députés, parmi lesquels figurent Pierre Méhaignerie, estiment que "cela passe, non par des dépenses publiques supplémentaires, mais par un effort fiscal plus justement réparti".
AMÉLIORER LA FORMATION PROFESSIONNELLE
Les signataires, pour la plupart issus des rangs de l'UMP, affirment également que "le paquet fiscal, dont les mesures sont pour l'essentiel orientées vers les classes moyennes, doit être complété, soit par un plafonnement des niches fiscales et sociales, soit par la mise en œuvre d'un impôt minimum sur la dernière tranche d'imposition".
Les députés souhaitent aussi une réforme de la formation professionnelle, jugée "illisible, opaque et qui favorise la bureaucratie", avec un redéploiement des crédits"vers ceux qui sont les plus fragiles".
S'ils se satisfont enfin des mesures du gouvernement pour réduire les inégalités d'accès à la propriété, ils appellent toutefois à ce qu'elles soient "simplifiées".
08:24 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : France, justice sociale, pauvreté, inégalité |
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