05.07.2009
Magouille : La cité U «Jean Zay», entre rénovation et démolition
Face à la démolition prochaine d'une partie de leur résidence universitaire à Antony, les étudiants pointent du doigt le manque de transparence de la part des pouvoirs publics.
DELPHINE LEGOUTÉ - http://www.liberation.fr/
Construite dans les années 50, la résidence universitaire Jean-Zay d'Antony, (Hauts-de-Seine), est l'une des plus grandes d'Europe, avec 2.100 chambres aux loyers abordables (130 à 220 euros mensuels). Depuis plus d'un mois, le projet de destruction d'une partie la «cité U» provoque une levée de boucliers. Hier soir, syndicats étudiants et élus de l'opposition manifestaient devant la mairie d'Anthony dans l'espoir de se faire entendre - en vain.
Tout a commence en février dernier. Une lettre du CROUS (Centre Régional des Oeuvres Universitaires et Scolaires) de Versailles informe certains locataires que leur contrat ne pourra être renouvelé à la rentrée. Motif officiel: «Des travaux qui ne peuvent être réalisés sur site occupé, envisagés en priorité» sur le bâtiment C. Les locataires dudit bâtiment s'interrogent.
Pendant des mois, le CROUS et les pouvoirs publics continuent de parler de «travaux», avant de révéler le véritable motif des expulsions. Le 1er juillet, Georges Siffredi et Patrick Devedjian — respectivement président de la communauté d'agglomération des Hauts-de-Bièvres et du conseil général des Hauts-de-Seine — annoncent officiellement la démolition du bâtiment C de la résidence universitaire. Ce sont 548 chambres qui vont disparaître.
Pourtant, une semaine auparavant, le projet de destruction semblait avoir bel et bien été écarté. Suite à l'interpellation par le syndicat étudiant Unef de Jean-Paul Huchon - président du conseil régional d'Ile-de-france - un plan concerté de rénovation de la cité U avait été obtenu. «On nous a assuré qu'aucune décision ne serait prise sans concertation, déclarait alors Jean-Baptiste Prevost, président de l'Unef. Une réunion doit avoir lieu en septembre avec toutes les parties concernées pour garantir l'avenir du site».
Mais voilà: «L'avenir du site» semble bien avoir été décidé sans eux. Ce revers sournois et soudain révolte les étudiants. «Ils n'ont absolument pas tenus leurs engagement !», s'indigne Jean-Baptiste Prevost. «Leurs coups en douce sont inacceptables».
«Un dossier opaque»
Contacté par Libération, Georges Siffredi annonce la construction d'environ 1400 logements étudiants dans les mois à venir. «700 agréments ont déjà été délivrés pour financer de tels logements et 700 de plus devraient être signés d'ici la rentrée. Ils seront construits un peu partout dans le département car il existe un déséquilibre Nord-Sud».
Or, selon le président de la communauté d'agglomération, Antony serait située dans une zone suffisamment aménagée. «Le Sud, qui comprend Antony, possède déjà 2800 chambres alors que 2300 seulement sont nécessaires. Le CROUS nous a aidé à établir une carte indiquant les besoins. Cela va permettre de rapprocher les étudiants de leurs lieux d'études, des transports en commun ...»
La destruction de «Jean Zay» ne va donc pas s'arrêter là. Puisque le sud du département est «suffisamment fourni en logements étudiants» par rapport au nord, la superficie de la cité U va être divisée par deux au cours des années à venir. «Nous allons garder 1200 à 1300 chambres sur ce site, annonce George Siffredi. Les restantes seront rénovées».
En attendant constructions et rénovations, l'Unef annonce qu'un tiers des anciens locataires du bâtiment C ne sait toujours pas où il dormira à la rentrée. «Quant aux autres, ils ont été réparti dans les différents bâtiments restants de Jean Zay, ce qui crée logiquement un manque de chambre pour les nouveaux étudiants».
Dernière inconnue: par quoi va être remplacée la cité U ? Entre «logements de standing» et «coulée verte», les pronostics vont bon train. La communauté d'agglomération elle-même reste vague. «Il est difficile de s'avancer, la démolition n'aura déjà lieu qu'en octobre, poursuit George Siffredi. On a dans l'idée de construire un quartier autour de la cité U, pour que «Jean Zay» soit moins isolé qu'elle ne l'est actuellement».
Pout l'Unef, tout ça n'est que vaste fumisterie. «Ce n'est juste pas possible qu'il n'y ait pas de plan précis, ironise Jean-Baptiste Prevost. On ne détruit pas tout un bâtiment sans avoir un nouveau projet budgétisé à la place.» Et de dénoncer une gestion du dossier «totalement opaque».
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