23.07.2008
Nous sommes tous des grévistes
Marlène Benquet doctorant en sociologie (ENS-EHESS).
QUOTIDIEN LIBÉRATION
http://www.liberation.fr/rebonds/340400.FR.php
Que pensait donc Nicolas Sarkozy quand il déclara le 5 juillet : «La France change beaucoup plus vite et beaucoup plus profondément qu’on ne le croit. Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit» ? Probablement, comme Laurence Parisot, que les grèves relèvent d’un «goût un peu masochiste pour le conflit» et qu’à défaut de les faire disparaître, il était possible, en fermant les yeux, d’oublier leur gênante existence.
Pourtant, loin d’avoir disparu, les conflits sociaux se sont transformés ces dernières années. Et ce renouvellement de la cartographie des luttes sociales ne s’apparente en rien à une disparition.
A l’exception de l’année 1995, les années 1980-2000 ont été marquées par une baisse importante du nombre de jours de grève par an, mais on assiste depuis 1999 à une reprise quantitative des conflits sociaux, de leur taux de participation et du nombre de jours non travaillés. Les grèves sont légèrement plus nombreuses que durant la période précédente, plus longues et mieux suivies. De plus, si l’on intègre les arrêts de travail inférieurs à deux jours, les débrayages, les grèves du zèle et les grèves perlées, on constate ces dix dernières années une intensification majeure de la conflictualité. Entre 2002 et 2004, 10 % des établissements ont connu un débrayage contre 7,5 % entre 1996 et 1998 ce qui signifie que 38,8 % des salariés ont été concernés par un conflit collectif entre 1996 et 1998 contre 47,2 % entre 2002 et 2004 (chiffres issus de l’enquête de la Direction de l’animation et de la recherche des études et des statistiques dépendante du ministère du Travail). Cette remontée quantitative des luttes sociales se double de leur modification qualitative. La dernière décennie se caractérise aussi par un déplacement des sujets des mobilisations. D’une part, des secteurs du salariat traditionnellement extérieurs aux mobilisations collectives ont participé à d’importants mouvements sociaux. La Fnac, Castorama, certaines sociétés de nettoyage, Maxilivre, Monoprix, McDonald’s, la grande distribution, pour n’en citer que quelques-unes, ont connu des grèves longues et relativement suivies. Ces branches professionnelles, où la conjonction d’un statut d’emploi précaire, d’un fort taux de féminisation et d’une relative faiblesse syndicale freinait les possibilités objectives de participation à un conflit social, sont devenues des lieux de contestation salariale. Ces conflits «improbables» au regard du statut d’emploi des salariés concernés le sont de moins en moins d’un point de vue statistique.
D’autre part, apparaissent des mobilisations issues de l’extérieur du monde salarial. Les catégories de la population les plus menacées par une précarité sociale et économique sont entrées sur la scène publique et politique pour faire valoir leur droit à une véritable intégration sociale. La mobilisation des chômeurs de 1998 réunis derrière le slogan «On a tous la gueule de l’emploi», le mouvement des sans-logis mené par les Enfants de Don Quichotte l’hiver 2006 ou la grève des travailleurs sans papiers lancée en avril témoignent de ce phénomène : l’organisation collective de populations habituellement exclues des formes traditionnelles de l’action revendicative. La France invisible (La Découverte, 2006) décrite par Stéphane Beaud se donne à voir dans et par la lutte.
La dernière décennie signe une remontée et une extension de la conflictualité. Les conflits sociaux n’émergent plus uniquement à l’intérieur de la norme de l’emploi stable, mais du dehors de cette norme, pour exiger son extension. Les grèves ne sont pas invisibles, mais elles sont portées par des «invisibles» qui investissent les mobilisations et accèdent ainsi à une visibilité sociale et politique. Les sans-papiers, sans-logement, sans-travail commencent à pénétrer ce champ élargi de contestation sociale. Au fond, la cécité présidentielle n’exhibe que les limites de l’autopersuasion. A moins de croire à la pensée magique, elle ne peut rien sur l’existence de ce fait social têtu. Cacher ce qui dérange ne suffit pas à le faire disparaître.
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| Tags : grÈve gÉnÉrale, dÉbrayage, conflit collectif, luttes sociales, france, sarkosy, conflits sociaux |
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08.07.2008
Grèves : Voynet propose une manifestation en "réponse" à Sarkozy
La sénatrice de Seine-Saint-Denis Dominique Voynet (Verts) a estimé lundi que "la plus belle réponse" aux propos de Nicolas Sarkozy sur les mouvements de grève serait d'organiser "une belle journée de manifestations unitaires" à la rentrée. "Nicolas Sarkozy confond l'action et la provocation. Il adore désigner à la vindicte populaire des ennemis, il provoque, il asticote, il aiguillonne en espérant une réaction", a déclaré Dominique Voynet sur RMC.
"Il considère que la réforme c'est prendre de face, tour à tour, tous ceux qui essaient de moderniser la société française et qui considèrent que sa façon de le faire n'est pas la bonne", a ajouté la maire de Montreuil. Selon elle, "la plus belle réponse que l'on pourra apporter à Nicolas Sarkozy, c'est une belle journée de manifestations unitaires à la rentrée pour lui montrer que ses propositions en matière de pouvoir d'achat, de réforme des retraites ou de réforme de l'assurance maladie ne sont pas les bonnes". Il y aura "manifestation et grève" car "pour aller à la manif il faut d'abord être en grève", a-t-elle dit. (lepoint.fr)
---------- LE COLLECTIF SDF ALSACE SOUTIENT L'APPEL DE "TOUS ENSEMBLE"
"Suite aux déclarations de Sarkozy, "la France est en train de changer beaucoup plus vite, beaucoup plus profondément qu'on ne le croit. Désormais quand il y a une grève personne ne s'en aperçoit". !!! Une provocation de plus.Tous les jours nous avons droit, en rafales, aux mesures de Sarkozy et de son gouvernement, des mesures qui sont des attaques sans précédent contre le monde du travail ; retraites, sécurité sociale, salaires, liberté de la presse, chasse aux sans papiers etc...
Il est grand temps que la riposte s'organise face à de telles mesures, et pas en organisant des actions un jour sur les retraites un autre sur les 35 heures ... Il faut un mouvement unitaire de masse reconductible en opposition contre toutes ces mesures.(...)"
Où sont les dirigeants syndicaux ?
La pétition "Tous Ensemble" http://tous-ensemble.dyndns.org/ qui tourne depuis quelques temps sur interne est plus que jamais d'actualité.
Signée pour l’instant majoritairement par des personnes syndiquées (la base), rejointe par quelques associations et des citoyens, elle s’adresse à leur bureau pour demander une convergence des luttes face au rouleau compresseur de l’état.
Tous ensemble est leur mot d’ordre, seul moyen de lutter efficacement. Cette pétition s’adresse à tous les citoyens puisque nous sommes tous touché de près ou de loin par les réformes de démantèlement du modèle social français.
10:13 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : contrôle social, guerre de classe, histoire des luttes, logement, squat, luttes sociales |
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09.05.2008
communiqué du Collectif des Mal-logés en Lutte
La mairie du 18ème ne recule devant rien.
Le collectif des mal-logés en lutte a occupé aujourd'hui la mairie du 18ème. Nous avons choisi d'informer les travailleurs et les différentes personnes en visite en cette mairie de la façon dont nous avions été reçus précédemment. Il y a 15 jours, son directeur général avait frappé deux déléguées pendant les négociations. La diffusion de cette information a mis en rage les élus. La police est intervenue en moins d'une demi-heure. Les occupants du rez-de-chaussée ont été violemment éjectés de la mairie, quant à ceux qui s'agitaient sur la terrasse, scandant des slogans et interpellant les passants, pour certains,plaqués et battus au sol. Une mal-logée est actuellement à l'hôpital. Le photographe du collectif s'est fait interpeller. La police a supprimé les clichés démontrant les brutalités policières durant l'évacuation avant de le relâcher. Nous ne comptomps pas relacher notre vigilance et cette répression sera l'objet de vives réactions de notre part. La police n'a pas reculé à la vue des mères et de leurs berceau, d'une femme enceinte, en très mauvais état de santé. Tous et toutes avons été brutalisés pendant l'évacuation. Nous réoccuperons cette mairie et continuerons les collages d'affiches dans ce quartier relatant les mauvais traitements que nous y subissons. Nous exigeons encore et davantage notre logement dans des conditions décentes, et avec cela, la démission du maire et de son adjoint logement. BIen à vous, le collectif des mal-logés en lutte.
le mercredi 7 mai 2008
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07.05.2008
Les Pavillons Sauvages - Droit de réponse
Les Pavillons Sauvages sont cités dans l'article du 1er mai 2008 sur "les nouveaux combattants de l'ultragauche", cela entre deux paragraphes parlant de terrorisme, nous entendons exercer un droit de réponse afin d'éclaircir ce qui pourrait passer pour un amalgame légèrement hâtif.
Les Pavillons sauvages sont un squat qui réunit la plèbe universelle ! Cette même plèbe qui, depuis plus d'un an que le lieux existe, a crée :
Une crèche parentale gratuite que l'on nous empèche toujours d'ouvrir sous prétexte que le lieu n'est pas légal, "si vous l'ouvrez on vous met en prison", quand Toulouse compte environ 3000 demandes non satisfaites de places supplémentaires dans les crèches, que nos locaux sont aux normes et attendent des mêmes pouvoirs publics une officialisation, que nous disposons du personnel qualifié, que malgré ce que peut croire l'opinion véhiculée le plus souvent par les grands médias, certains voisins, ou la police, nous payons nous aussi nos factures..
Une salle de 4 ordinateurs connectés, libres d'accès, trois espaces d'exposition, une salle de rencontres musicales qui compte bientôt la centaine d'évènements gratuits, deux locaux de répétition, une salle polyvalente, des ateliers d'arts plastiques, de photo, de vidéo, une fripe, deux potagers, un parc rendu public, un compost de quartier, etc. Tout cela dans la liberté et la gratuité.
C'est évident, ce sont les gens le plus à gauche qui sont dangereux, et non pas les centuries de mercenaires humanoïdes surarmés.. Les loups se font encore passer pour des brebis. Et la société civile achèvera-t-elle sa lobotomie au hurlement des sirènes du chantage social ? Qui fait seulement le compte ? Toutes les maladies apparaissent aujourd'hui en occident de la surconsommation et de l'organisation du travail, non de la faim. Le cancer de nos vies provient de cette dette infinie qu'est l'organisation économique. Notre planète toute entière en crève.
Qui fait seulement le compte ? Les acquis sociaux fondent au soleil, les pauvres sont maintenant exclus même du RMI, les associations mettent la clé sous la porte. Une MJC disparaît, une prison pour mineurs se construit.
La justice ne peut consister qu'à relier enfin dommages et réparation. Ces quelques centaines de milliers d'activistes amoureux de justice et de vérité, certes légèrement excitables par les injustices sociales représentent évidemment un danger pour l'oligarchie - mais qui s'en plaindrait ?
En France, nous disposons de 2 millions de logements vides, et d'encore 300 000 personnes dehors.Vous ne voyez rien de choquant à cela ? Nous si , alors nous occupons. Nous violons cette sacro-sainte propriété ; celle-là même qui dicte que l'armée rénove pour 400 000 € des locaux qu'elle détruit 3 ans plus tard ; qui préfère à une joyeuse friche sociale, culturelle et écologique, une nouvelle résidence-barre en crépit, éradiquant l'actuel îlot de verdure, désertant la rue, et enfin installant l'anonymat dans lequel croît si bien l'insécurité.
Notre initiative est "autonome", en ce sens qu'elle " se donne son sens". Le capitalisme ne peut-il rien tolérer qui ne soit son émanation propre ? Devrait-il se sentir en péril s'il n'imposait pas toutes ces mesures coercitives ? Doit-on taper sur les manifestants, expulser toute zone échappant encore au Contrôle ? Et combien de temps appellerons-nous encore cela démocratie ?
Notre justice crée elle-même les criminels, car le même acte peut recouvrir un sens diamétralement opposé selon le contexte. Et le contexte, c'est, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, que le monopole de la violence revient aux états, aux mafias (qui ne sont d'ailleurs plus si différentiables), et au monde du travail. À quoi peut-on s'attendre lorsque l'on organise l'exploitation généralisée ? La violence n'est précisément jamais gratuite.
Pour conclure, permettez-nous une petite citation de ce cher Albert Cossery, "personne n'ignore que les pauvres sont capables de tout. Depuis des temps immémoriaux, c'était là le seul principe admis et cautionné par les classes possédantes. Mais ce principe outrageant procéde d'une imposture car, si les pauvres sont capables de tout, ils seraient déjà riches à l'instar de leurs calomniateurs. D'où il découle que, si les pauvres persistent dans leur état, c'est tout simplement qu'ils ne savaient pas voler."
Il y a cependant une différence entre pauvreté et misère. On "misère" aussi bien à 3000 € par mois ; la frugalité, elle, est davantage un signe de puissance, de "résorption dans l'essentiel" comme qui dirait.
À bon entendeur
06:48 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : contrôle social, guerre de classe, logement, squat, luttes sociales, répressions, violences policières |
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