La question de la pauvreté refait surface sous différentes formes, qu'il s'agisse des émeutes de la faim sous certaines latitudes ou du projet de revenu de solidarité active, plus près de nous.
Toute une partie de l'opinion est convaincue que la pauvreté n'a cessé de progresser depuis que les frontières économiques et financières ont quasiment disparu. Evoquer un « retour de la pauvreté » serait donc une quasi-provocation. A ceci près que l'idée d'une progression continue de la pauvreté par le passé est tout simplement fausse. Elle a, au contraire, globalement reculé sous l'effet de l'expansion foudroyante d'une moitié de la Chine et de l'Inde et d'une partie du continent sud-américain.
Pour prendre la mesure du phénomène de retour de la pauvreté, il faut donc d'abord rétablir la vérité sur le passé récent. Faute de quoi on aurait l'impression que rien ne change et que la crise actuelle n'est que la suite de l'épisode précédent. Or le monde est confronté à un défi radicalement nouveau que, curieusement, il ne semble guère avoir anticipé alors qu'il était parfaitement... prévisible !
Ce défi est celui du transfert massif de richesses. En schématisant à l'extrême, on peut décrire la séquence suivante : première étape, à partir de la décennie 1980, les industries de main-d'oeuvre peu qualifiée quittent l'Occident pour l'Orient. Cette première étape provoque un puissant exode rural et donne du pouvoir d'achat à une nouvelle population urbaine en Asie. Deuxième étape, quinze ans plus tard, les technologies de l'information se diffusent et permettent à l'Orient de se positionner aussi sur des produits à plus forte valeur ajoutée. Une classe moyenne nombreuse se développe grâce à ce processus. Troisième étape, actuelle, les richesses ainsi créées confèrent à ces populations qui vivaient jusqu'alors dans une misérable autosuffisance alimentaire un pouvoir d'achat important à l'échelle du monde. L'équilibre mondial de l'offre et de la demande en est profondément affecté. Lorsque l'offre est en mesure de répondre, c'est le cas, par exemple, de l'industrie allemande, le cercle vertueux de la croissance s'enclenche. Là où l'offre ne suit pas, c'est le cas de la production agricole, la pression de la demande se traduit inéluctablement par la hausse des prix. Celle-ci frappe alors de plein fouet ceux qui sont restés en marge de la séquence majeure du développement mondialisé. Parmi eux se trouvent de nombreuses populations africaines, mais aussi les parties de la Chine ou du sous-continent indien demeurées rurales, ou encore les travailleurs non qualifiés d'Occident qui ne se sont pas encore adaptés à la nouvelle donne.
La formidable soudaineté du transfert de richesses crée donc une nouvelle pauvreté qui pourrait conduire elle-même à de nouvelles violences. Il n'y a pas trop du FMI, de la Banque mondiale, des ONG et de Martin Hirsch pour tirer la sonnette d'alarme et presser les Etats de prendre leurs responsabilités politiques.











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