28.01.2012
Atelier d'écriture de la rue du 28 janvier
LA RUE
passer de la rue à la vie pour nous c'est rester dans le cauchemar, sauf qu'il y a une petite flamme
manger à sa faim certains jours c'est courir à sa fin car ton corps il a pas l'habitude et dans ta tête tu pleures
même l'humidité de mes larmes j'aime pas, parce que ça me rappelle les sillons que la misère à creuser dans mon visage
si on me ramène au pays je meurs alors je veux mourir ici pour essayer de vivre
je sais pas pourquoi je suis à la rue, j'en ai aucune idée, c'est comme ça
la vie je l'aime mais c'est notre vie qui est trop moche
les travailleurs sociaux ils savent pas faire vivre les discours alors ils parlent de plus en plus et on les ignorent plus les pauvres
j'ai 19 ans je suis des foyers, de l'école de la 2e chance, des éducateurs, alors la rue, le vol, la violence c'est normal
si t'as pas vécu pour de vrai un malheur tu sais pas donner au malheur un goût d'espoir
maintenant je sais que c'est pas ma faute c'est juste une maladie alors je peux me dire "t'es manioc dépressif" et je rie
moi je pense que le problème c'est qu'on a pas compris que si on meurt c'est parce que la confiance est morte
les gens nous aiment pas, ben moi j'aime pas les gens, mais moi je ne leur fait pas de mal, je suis neutre en quelque sorte
j'aime beaucoup imaginer la vie des gens quand je regarde les fenêtres éclairées, mais la mienne je peux pas encore
on a quelque chose que les logés n'ont jamais sauf les malades, quand on se réveille on est content d'être vivant
on encaisse trop, on accepte trop les injustices, l'humiliation, notre misère elle est aussi dans la tête
La violence c'est à chaque moment qu'elle peut arriver c'est juste comme ça, c'est ça la rue
j'ai 36 ans alors moi je verrais pas le changement pour nous, mais peut-être que les prochains dans 10 ou 20 ans oui
pour tenir à la rue faut pas penser plus loin que l'heure qui vient sinon tu vois pas le bout, mais le mieux c'est de ne plus penser
je me rappelle pas la vie d'avant parfois c'était comme ça parfois autrement, tout est embrouillé et c'est tant mieux
les souvenirs c'est juste bon à te foutre la tête en vrac
alors moi je suis homo et j'ai le sida mais le pire c'est que mes parents m'ont virés, ça je ne l'accepte pas
J'étais sous le porche de l'église depuis 5 ans, mais le nouveau curé a téléphoné à la police. Je regrette qu'il ne m'ait pas dit de partir en face.
LA MANCHE
avec la manche, je regarde défiler les gens tous les jours, ils me voient pas, mais moi je vois que je ne veux pas être comme eux
si je baisse les yeux c'est que je ne veux plus voir les yeux des autres
FEMMES DE LA RUE
on m'a volé mes enfants parce que je suis à la rue, mais on m'a pas proposé de logement ni l'assos ni le juge ni la mairie
mon mari il me frappait et on l'a condamné a pas recommencer, il souriait au juge et moi je puais
pour être tranquille je vais à la bibliothèque tous les jours alors du coup je lie, maintenant j'y vais aussi pour lire
je suis pas une putain, je suis obligée de me prostituer et quel choix j'ai puisque j'ai pas de papier ?
si tu deviens pas pire qu'un mec, soit t'es violée, soit tu te maques à un connard
PRISON
j'ai volé pour aller en prison mais le juge m'a donné une chance, alors je galère à la rue, c'est pas de chance 1/2
je voulais vraiment aller en prison pour être plus libre que SDF, tu as chaud, tu manges, tu es soigné et tu peux aller à l'école 2/2
tu voles pour manger tu vas en prison tu sors t'es à la rue tu voles et tu deviens un récidiviste et t'es foutu
la vie, la rue, la prison, c'est ça qui fait que je suis violent, mais la prison c'est le pire
LA NATURE
• moi je pense que la nature elle va tout foutre en l'air, y'aura un grand raz de marée qui nettoiera tout, mais pas les hommes 1/3
• c'est la nature qui peut faire comme une révolution et là les hommes ils seront égaux devant elle 2/3 • parce que les révolutions des hommes ce sont des appels à la guerre tu vois et au bout y'a des perdants et c'est nous 3/3
y'a que la nature qui te donne quelque chose de beau, c'est pour ça qu'il faut dire aux gens de pas nous chasser des parcs
la nature c'est le seul truc vivant que j'approche
POLITIQUE
ceux qui font de la religion ils sont comme les partis et les syndicats, ils sont incapables d'agir pour l'égalité
tu sais toutes ces lois, tous ces décrets, c'est juste une fabrique a paranoïa
Strasbourg elle se fabrique pas pour nous, c'est une ville qui calcule trop alors elle nous calcule pas
dans ma tête je m'en fiche de tout, je mange un truc, je bois mes coups, je suis avec les pots, alors je ne fais pas les démarches
quand je serais grand je ferais la révolution même si j'y crois pas
Il y a forcément une raison qui fait que chaque démarche est compliquée et une raison à t'obliger à beaucoup de démarches.
CHIEN ET CHAT
moi j'aime la vie, j'aime rire et même je chante et j'aime l'amour, c'est tout grâce à mon chien Rikiki, il est tout pour moi 1/2
depuis que je suis au collectif sdf, Rikiki il mange mieux, il a plus peur des gros chiens, il boit plus dans les mares polluées, alors moi aussi 2/2
maintenant que j'ai trouvé ce petit chat abandonné j'ai un ami pour de vrais alors je dois faire attention car je suis responsable de lui 1/2
je vais appeler mon chat sardine comme ça il sera heureux d'être toujours une gentille blague 2/2
Mon chien est un mastodonte, y'a pas plus gentil que lui, mais les gens préfèrent les peluches de taiwan les cons
EXPULSION
moi je suis tombée à la rue après que mon propriétaire m'a chassé pour mettre son fils et il m'a prit mes affaires mais le juge a rien fait et voilà
je suis pas un feignant, pas toxico, pas alcoolo, pas voleur, j'ai été expulsé de mon logement et ça ne plait pas que je le dise
y'a jamais d'appart pour les gens comme moi ou alors tu peux pas y accéder, mais mon fauteuil roulant c'est pas un caprice
COLLECTIF
Avec le collectif sdf on est entre nous et on vit en autonomie, c'est la vraie vie presque et du coup on peut aider les autres pour de vrai
LaMô, quand je serais grande je veux être comme toi, sauf que je voudrais rire quand même
Je suis très content de la tente que le collectif sdf m'a acheté, maintenant je n'ai plus besoin de stresser pour faire le 115
Avec le Collectif on peut accepter d'être comme ça, mais avec l'envie que ça change à son rythme parce qu'on est des humains
Le collectif sdf t'es avec des gens de la galère, t'es compris, t'es pas seul pour faire tes trucs et tu aides les autres, suffit d'être là
On a pas besoin de raconter sa vie, on est pas obligé d'en inventer une et qu'après tu sais plus ta vie.
Quand je regarde par la fenêtre du squat je vois rien, les images sont trop mélangées, c'est un grand brouillard
Le squat il t'enlève des peurs, mais il en reste toujours assez pour être mal
C'est sûr que de refuser la télé au squat ça parait n'importe quoi et puis tu te rends compte que ça te soulage
Faire les marchés, aller voir les commerçants, faire les achats en gros, stocker puis redistribuer, c'est mon premier travail et je suis fier
Moi je suis le Geek, c'est mon surnom et je l'ai mérité, je fais la revue de presse pour que personnes ne disent qu'il savait pas
Ben moi je serais cuisinier, j'ai appris au collectif, je vais rentrer dans un truc hôtelier pour apprendre et avoir le diplôme, mais d'abord je dois me sevrer
Alors je suis passé au squat2 parce que je suis à la fin de la méthadone et que j'ai rencontré une fille normale
ALCOOL - DROGUE
quand je suis très saoul, je crie fort, mais c'est que du bruit et les heures de silence avant pourquoi on s'en branle hein?
Faire la manche, c'est vraiment avilissant mais on a pas le choix, j'ai droit à rien et je suis toxicomane 1/2
je vois pas pourquoi on m'emmerde avec la drogue vu que je la prends sur ordonnance à espace & dépendance, je suis clean 2/2
tellement c'est compliqué une journée à la rue que ça te force à rester dans un coin tranquille et tu bois ou tu te drogues
la drogue c'est pour oublier, mais surtout c'est pour ne pas ressentir pourtant j'aime me réveiller alors je viens à l'atelier 1/2
je voudrais des crayons de couleur et un taille crayons pour écrire des maux joyeux 2/2
HÉBERGEMENT
au chrs on me gavait de mots, d'idées, d'ordres, de règles et le soir on se terminait devant la télé, alors je suis revenue à la rue
C'est de la merde les hébergements. Même le meilleur il ne sait pas te laisser tranquille, ça jacasse à ta place, ça pense pour toi
Quand on me considèrera plus comme un débile j'irais en hébergement, mais je serais mort avant
Je veux plus y aller, je veux pas être avec des gens que je connais pas, je veux être tranquille et me reposer
Dans les hébergements tu as toujours la menace d'être viré pour un rien, alors je préfère rien du tout et me démerder
J'ai fait une crise cardiaque, 5 jours après mon retour de l'hosto, l'assistante sociale m'a convoquée et m'a dit de penser à chercher un job
Les foyers c'est trop de stress.
je peux pas y aller, le directeur il allait mettre Rikiki à la spa, il disait que Rikiki était un encombrement
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22.10.2009
Strasbourg expérimente un accueil permanent pour les SDF vieillissants
JOURNAL L'ALSACE - Une chambre qui ferme à clef, trois repas par jour assurés et une durée de séjour illimitée: une résidence pour SDF vieillissants, une structure rare en France financée en majorité par la Ddass, est expérimentée à Strasbourg.
«Ce n'est pas un hébergement d'urgence, ils ont leur propre chambre et peuvent s'approprier les lieux», explique le responsable de l'Accueil des Deux rives Özkan Beceren.
Pour sortir les SDF de la vie au jour le jour et tenter de les resocialiser, la Ddass (direction départementale des affaires sanitaires et sociales) et un collectif d'associations ont monté ce projet qui permet depuis mai d'accueillir quinze personnes.
Installé près du Port du Rhin, dans une gare de triage réhabilitée, l'Accueil des Deux Rives s'adresse à ceux qui ont passé de nombreuses années dans la rue et ne peuvent plus se réinsérer par le travail.
La moyenne d'âge est de 58 ans et l'état de santé des résidents ne leur permettrait pas pour la plupart d'occuper un emploi.
«C'est un peu comme une maison de retraite, certains finiront leurs jours ici», ajoute Özkan Beceren, également membre d'Horizon Amitié, l'association qui gère l'Accueil.
Neuf personnes les aident à réapprendre à vivre avec d'autres, soigner leur apparence, entretenir leur chambre.
«Il faut les pousser à s'occuper d'eux-mêmes», raconte Sarah Sader, auxiliaire de vie, qui incite notamment les résidents à se doucher ou à laver leur linge.
Pour ne pas brusquer ces hommes très attachés à leur indépendance, le centre impose très peu de choses. Seules règles sur lesquelles on ne transige pas : pas d'alcool ni de tabac à l'intérieur du bâtiment.
L'Accueil des Deux rives organise aussi les démarches administratives et les soins médicaux. Pour cette prise en charge complète, les résidents versent 30% de leurs revenus (RSA, allocation d'adulte handicapé...). (1)
C'est plus que prévu lors de l'élaboration du projet, «mais au final ça n'est pas plus mal, ça les responsabilise», selon Özkan Beceren.
Les résidents ont un seul vrai moment de vie commune: le dîner, à 19h00. Le petit-déjeuner est échelonné entre 7h00 et 10h00, et dans la journée, la quasi totalité d'entre eux retourne en ville.
Amener des SDF à rentrer chaque soir est déjà une victoire pour l'équipe de l'Accueil des Deux Rives.
«Notre objectif maintenant, c'est qu'ils ne retournent plus dans la rue, même de jour», explique Özkan Beceren.
Des activités sont proposées, mais la participation est encore maigre.
Après cinq ans passés dans la rue, Vasil Rashkov, 60 ans, apprécie toutefois d'être encadré: «S'il y a un problème, le personnel est là».
Les résidents se sentent plus en sécurité, mais gardent les réflexes de la rue.
Jean-Claude Thomas est à 47 ans le plus jeune résident. S'il est satisfait d'avoir quitté les foyers, leurs dortoirs et les vols qui y sont fréquents, il n'a pas pour autant confiance dans ses compagnons: «la nuit, ma chambre est fermée à clé».
Cet espace qui leur est propre est ce qui les satisfait le plus à l'Accueil des Deux rives: «dans ma chambre, je suis tranquille, j'ai la paix», répète Guy Kost qui, à 63 ans, a passé près d'un tiers de sa vie dans la rue.
L'expérience, plutôt concluante pour le moment avec deux retours à la rue seulement en cinq mois, devrait obtenir le budget pour se poursuivre en 2010.
A moyen terme, l'accueil pourrait s'installer dans un bâtiment situé en centre-ville, plus vaste, pour multiplier le nombre de places.
Ce genre d'initiative reste rare en France. A Marseille, des sans-abris sont accueillis depuis quelques années par une maison de retraite privée, qui leur consacre un bâtiment
(1) 20% des revenus étaient prévus au départ du projet, mais la structure commençait avec un déficit de 100.000 euros. Pour le collectif, une participation de 30% est un vrai chemin vers l'autonomie et la dignité, sans le poids trop lourd de l'assistanat.
04:15 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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