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20.05.2009

Les travailleurs sociaux s'invitent dans le projet de loi HPST

Dans le débat, déjà passablement confus, autour du projet de loi portant réforme de l'hôpital et relatif aux patients, à la santé et aux territoires (HPST), une nouvelle voix vient de se faire entendre : celle de l'Association nationale des assistants de service social (Anas). Muette lors du débat à l'Assemblée nationale, l'association a décidé "d'interpeller les sénateurs", qui examinent actuellement le texte.
Dans une lettre aux différents présidents de groupe du Sénat, l'Anas met en avant plusieurs "inquiétudes". Elle s'étonne ainsi de constater que "le seul service social mentionné [NB : dans le projet de loi] est celui de l'assurance maladie dans sa dimension de santé au travail". De même, l'association s'inquiète de la place des services sociaux hospitaliers, "garant d'une prise en compte des besoins de la personne hospitalisée ainsi que du personnel hospitalier", dans la nouvelle organisation mise en place par le projet de loi. Les hôpitaux comptent en effet plusieurs milliers d'assistantes sociales, dont le rôle n'est pas toujours très clair (une bonne part de leur activité consiste à rechercher, pour le compte des services, des débouchés en établissements de moyen ou long séjour pour les patients, notamment âgés). Sur ce point, l'Anas propose donc aux sénateurs un amendement donnant une définition du rôle et des missions du service social hospitalier.
Mais la principale inquiétude de l'association - où prédominent les travailleurs sociaux des départements - concerne la création des agences régionales de santé (ARS), qui "met en évidence une volonté d'axer sur le sanitaire au détriment du social et de mener des politiques de santé dans des logiques essentiellement managériales". Face à un projet de loi "qui modifie en profondeur l'organisation et les pratiques médicosociales", les interrogations portent en premier lieu sur la place de l'accompagnement médicosocial dans les différents schémas et dispositifs qui seront pilotés par les ARS. Elles concernent aussi la place et le devenir des assistants de service social au sein même des ARS. Traditionnellement soucieuse du respect du secret professionnel, l'association s'inquiète également du partage et de la protection des données médicosociales.
L'Anas demande par conséquent aux sénateurs "que la valeur ajoutée du service social et de ses missions auprès des patients et de leur famille soit intégrée dans l'élaboration des politiques de santé et dans la mise en oeuvre des projets et actions individuels et collectifs sur le territoire". De façon plus précise, elle "souhaite être associée aux travaux de la conférence nationale, de la conférence régionale de santé et demande la participation 'pleine et entière' du service social au diagnostic, à l'élaboration des politiques de santé et à la mise en oeuvre des projets et actions individuels et collectifs sur le territoire à partir de son expertise".

Jean-Noël Escudié / PCA - D'AUTRES INFOS SUR CE LIEN

12.07.2008

Accalmie estivale sur le front des revendications des travailleurs sociaux

Après plusieurs mois d'une mobilisation marquée par diverses actions, grèves et manifestations, les assistants socio-éducatifs (ASE) de la Ville de Paris ont suspendu leur mouvement social, le lundi 7 juillet, après avoir obtenu de la municipalité des avancées, certes jugées "encore insuffisantes" au regard de leur plate-forme revendicative.
Le préavis de grève déposé par l'intersyndicale CGT, FO, UNSA pour le 7 juillet a donc été finalement levé et remplacé par une assemblée générale, au cours de laquelle ont été communiquées aux personnels les dernières propositions soumises à leurs représentants, le 3 juillet, par la direction de l'action sociale, de l'enfance et de la santé (DASES), la direction du centre d'action sociale de la Ville de Paris (CASVP) et la direction parisienne des ressources humaines.
Pour mémoire, le conflit porte sur la revalorisation du régime indemnitaire d'environ un millier de travailleurs sociaux, ASE et conseillers socio-éducatifs (cadres) confondus, soit environ 880 agents à la DASES, 200 au CASVP et quelque 45 autres à la direction de la famille et de la petite enfance (DFPE).
"Des efforts conséquents avaient déjà été réalisés lors de la dernière mandature, avec plusieurs plans de revalorisation des rémunérations des travailleurs sociaux, notamment en 2006 et 2007", a rappelé l'exécutif parisien, à l'occasion du Conseil de Paris du 7 juillet, en rendant hommage au "travail remarquable réalisé quotidiennement par les travailleurs sociaux au contact de la population la plus en difficulté".
"En gage de leur respect", les deux adjointes chargées respectivement des ressources humaines, Maïté Errecart, et de la solidarité, Olga Trostiansky, "ont obtenu une nouvelle augmentation des primes assorties de mesures statutaires", poursuit la municipalité, dans un communiqué daté du 9 juillet. "Ainsi, au terme de 2009, c'est en moyenne une revalorisation de 900 euros qu'auront perçu les travailleurs sociaux".
Un calcul relativisé par les syndicats, qui comptent bien reprendre contact avec la Ville dès la fin de la trêve estivale, le principe d'un rendez-vous au mois de septembre ayant été accepté par les parties.
Ces avancées restent en effet très en deçà des revendications des assistants et conseillers socio-éducatifs, qui réclamaient "un vrai point en plus, pour tout le monde", dans le coefficient (allant de 1 à 5) servant au calcul de leur indemnité forfaitaire représentative de sujétions spéciales et de travaux supplémentaires (IFRSTS), venue s'ajouter en 2002 à leur indemnité d'exercice des missions des préfectures (IEMP).
Actuellement à 2,57 en moyenne pour les ASE, il devait être porté à 2,77 fin 2008, après les revalorisations décidées sous la précédente mandature.
Or les dernières propositions de la Ville prévoient des majorations progressives, différenciées pour la DASES et le CASVP, et qui vont jusqu'à un coefficient de 3,5 en 2009 pour les ASE, 4 pour les ASE principaux (ASEP) et 4,5 pour les CSP (inchangé), a résumé au site des ASH Corinne Compère pour la CGT. (source ash http://www.ash.tm.fr/front/infos.php?id=16570)

02.07.2008

Pénurie de stages pour les étudiants de l'IRTS Poitiers

Les étudiants prolongent leur occupation de l’IRTS. Une délégation doit être reçue cet après-midi à 14 h 15 par un représentant de la préfecture et de la DRASS. Un cortège partira en même temps de l’IRTS.

Les étudiants de l'IRTS de Poitiers sont mobilisés depuis quatre mois. Leur formation en alternance est remise en cause par la gratification de leur stage que certaines structures d'accueil ne peuvent honorer.
 
Pour la rentrée prochaine, 50 % des étudiants des filières ASS, ES et EJE (*) de l'Institut régional du travail social de Poitiers n'ont toujours pas de stage. « Pour les futurs 3e année ES, il en manque même 70 % », souligne Anne-Sophie Souchaud, étudiante ES et très impliquée dans le mouvement.
Ces manques sont la conséquence directe de la circulaire du 28 février dernier. Cette dernière a rendu obligatoire la gratification des stages de plus de trois mois en structures privées, pour les formations universitaires de niveau 3. 398,13 € mensuels qui devaient ravir les étudiants. Mais pour les étudiants en travail social, la joie fut de courte durée. Le secteur du travail social ne produit pas d'argent et aucune enveloppe budgétaire n'a été anticipée. C'est dans cette brèche que se nichent toutes les inquiétudes de l'IRTS et de ses étudiants.
 
Des enjeux politiques
« Les structures n'apprécient pas de se retrouver devant le fait accompli. Et si elles sont dans l'obligation de répondre à la loi, rien ne les oblige par contre à prendre des stagiaires », précise Virginie Gresser, directrice générale adjointe de l'IRTS de Poitiers. Si le conflit est avant tout économique (lire ci-dessous), d'autres points de la circulaire participent à la complexité du dossier. Les étudiants en cours d'emploi ou qui perçoivent des Assedic ne sont pas soumis à la gratification. La crainte est notamment affichée de voir des structures choisir ces stagiaires au détriment des autres étudiants.
La direction, comme les étudiants, regrette que les négociations soient si difficiles. « L'État nous renvoie aux interlocuteurs locaux qui, eux, en ont marre d'être sollicités pour des financements supplémentaires. Et puis, il y a des enjeux politiques. Le renouvellement des mandats et des équipes ne jouent pas en notre faveur », note Virginie Gresser. Cette dernière reste malgré tout confiante et assure que la situation devrait se débloquer à la dernière minute. « S'il manque 10 stages, on y arrivera ; s'il y manque 50, ce sera alors un problème plus large et national. » Une solution qui ne ravit pas les étudiant qui craignent que l'urgence de la situation fasse couler toutes leurs revendications et accentuent les discriminations qu'ils dénoncent depuis quatre mois. « Combien de personnes ont affaire à un travailleur social dans leur vie ? Beaucoup, pourtant, tout le monde reste indifférent. Notre combat, c'est aussi la défense des usagers », lance Anne-Sophie.

(*)AS : Assistants de service social ; ES : éducateurs spécialisés ; EJE : éducateurs de jeunes enfants.

Elodie MORISSET pour lanouvellerepublique.fr

28.06.2008

Des rencontres autour de l'engagement en travail social

Le collectif inter-écoles de travailleurs sociaux en formation d'Ile-de-France "Nous restons vigilants" (NRV), issu des collectifs anti-délation constitués contre le projet de loi de prévention de la déliquance, organise, samedi 28 et dimanche 29 juin à Arcueil, une rencontre sur le thème "Travail social et engagement".
Réunis "autour d'un désir commun de réflexion sur nos pratiques, et d'un sentiment commun d'inquiétude", dans le contexte social et politique actuel, les membres du collectif ont déjà organisé, récemment, un débat sur les dernières lois relatives à la prévention de la délinquance, à la protection de l'enfance, à la récidive, etc.
Ils s'attaquent aujourd'hui à la question de l'engagement, avec "pour objectif de mettre en commun des pratiques, des réflexions, des utopies délirantes, des vécus, des témoignages et des initiatives engagés afin de réinvestir des questions idéologiques, l'Histoire et les histoires du travail social".
Constituées de projections de films, théâtre-forum, expositions et autres repas associatifs, ces deux journées seront ponctuées par trois tables-rondes sur les thèmes "Ethique et identité professionnelle" samedi après-midi, "Soutien à la parentalité : entre production de normes et prise en compte des singularités" dimanche matin et, enfin, "Projets alternatifs et résistances" dimanche après-midi.

Les débats auront lieu au chantier-école
Anis Gras (Le lieu de l'autre)
53, avenue Laplace
94110 Arcueil

Renseignements et programme complet sur le blog du collectif : http://collectif-nrv.over-blog.fr/

21.06.2008

TS... comme "travailleur social": zoom sur un secteur en détresse

http://www.rue89.com/2008/05/25/ts-comme-travailleur-social-zoom-sur-un-secteur-en-detresse

 

Mathieu Rigard est en deuxième année d'études à l’IREIS de Bourg-en-Bresse. Il est aussi président d'Objectif O.N.E.S dans le département de l'Ain, l'organisation nationale des éducateurs spécialisés. Internaute de Rue89 basé dans le Jura, il nous a envoyé cette tribune le 21 mai, alors que la mobilisation va crescendo dans cette branche.

Trois mois de grèves, de manifestations, de marches, d'occupations d'écoles ou des Directions Régionales des Affaires Sanitaires et Sociales (DRASS). Un mouvement national regroupant des coordinations régionales structurées au long de dizaines d'AG. Un système de formation entièrement bloqué, des stages gelés par un décret sur la gratification des stagiaires issue de la loi sur l'égalité des chances. Pas une ligne dans la presse nationale, pas un mot dans les médias.

Nous qui sommes montés à Paris depuis Bourg en Bresse en "Social-Express" (en stop) pour la manifestation nationale du mardi 13, aujourd'hui, nous nous demandons si nous n'avons pas rêvé tout ça…

Un cercueil pour le social?

Un coup de gueule dans le "Contre-Journal" de Libération, posté par un étudiant le surlendemain (cinq lignes), je me suis dit: "Ca y est, il va y avoir un article sur ce qui se passe"… mais non. A Paris, notre cortège portait un cercueil, maintenant je me demande si le Social n'est pas vraiment mort, en France.

Pourtant, les aberrations ayant donné lieu au blocage total des filières du social sont édifiantes! Un cas d'école, un raté gigantesque doublé d'une "grogne" sociale conséquente (près de neuf étudiants de première année sur dix!).

Petit historique des évènements:

- Une loi (n° 2006-396) du 31 mars 2006 sur l'égalité des chances.

- Un décret du 12 février 2008 relatif à la gratification et au suivi des stages en entreprise doublé d'une circulaire du 27 février 2008 élargissant sa portée aux stages d'étudiants en travail social.

- Une seconde circulaire, de sauvetage envoyée aux préfets le 21 avril 2008 qui tente bien de donner des pistes pour le financement de ces décisions malheureusement inapplicables… mais ne sera (à ce jour) pas suivie d'effet sur le terrain.

Aujourd'hui, une gratification (d'environ 398,13 euros mensuels) doit être accordée à tout stagiaire à compter du premier jour d'un stage d'une durée supérieure à trois mois. Aujourd'hui, il n'y a plus de stages. ES, ASS, EJE en formation, directement touchés risquent aujourd’hui de perdre une année et l’on parle d’année blanche dans les couloirs des écoles depuis le début du mois de mars. Aujourd’hui, certains centres de formation ont décidé d’annuler tous les stages si un tiers des étudiants se retrouvent sans rien.

Le malaise est réel et la mobilisation étudiante ne s’est heureusement pas fait attendre.

Montpellier, Lille, Rouen, Poitiers, Lyon, Valence, Perpignan, Paris, Limoge, Rennes, Bourg en Bresse, Toulon… sont mobilisés depuis trois mois. Vous pourrez lire le détail des actions sur les sites des collectifs régionaux ou sur le site d'Objectif O.N.E.S.

Ni rigolote ni marginale, notre histoire…

Cette histoire serait rigolote si elle n'était pas dramatique pour nombre d'étudiants en grande difficulté financière, incapables de tenir trois ans d'études, ou pour les lieux de stages, coupé de leur base arrière de fraîcheur, de remise en question et de "bras" supplémentaires.

Cette histoire serait marginale si elle n'était pas la partie émergée d'un iceberg immense et glacé. Le système de prise de décision néglige le terrain.

Depuis deux ans, nombres de décisions fondamentales touchant au secteur social en France s'élaborent d'en haut, de très loin du terrain. Comme si le secteur était incapable de se penser ou pire incapable de comprendre la réalité sociale actuelle. Réforme des diplômes d'Assistant de service social (AS) et d'Educateur spécialisé (ES), lois sur la prévention de la délinquance, sur la protection de l'enfance, projet de loi sur le dépistage du "trouble des conduites" chez l’enfant dès le plus jeune âge et la semaine dernière Assises du Social, parangon de ce système vertical.

Dans ce contexte d'un législateur omniscient, le décret relatif à la gratification des stages dans le domaine du travail social (TS) aurait pu passer totalement inaperçu… s'il ne bloquait pas totalement les filières concernées. Pourtant, les consignes ont été passées par les préfets avec toute la bonne foi de l'évangéliste portant La vérité. Seulement toute vérité repose sur des postulats et des hypothèses.

Aujourd'hui les postulats et les hypothèses qui sous-tendent les prises de décisions sont élaborés dans une approche comptable, objective. Froidement mathématiques, ils peuvent faire l'économie de la confrontation avec la réalité du terrain. Ce dernier, nous le savons, est complexe et réchauffé continuellement par les frictions d'un contact humain, quotidien.

Ne faisons pas d'angélisme. Le temps d'un gaullisme d'après-guerre qui, pressé sur sa gauche par un Parti Communiste puissant, sur sa droite par une idéologie chrétienne humaniste et qui disait en substance, en ce qui concerne le champs du handicap: "familles et professionnels de terrain, vous savez mieux que nous ce qui est bon pour nos enfants: construisez vos projet, l'Etat vous donnera les moyens de les réaliser" est révolu.

Aujourd'hui les professionnels et les étudiants en travail social se regroupent. Aujourd'hui les professionnels et les étudiants en travail social (TS), de plus en plus souvent mis en porte-à-faux par des articles de lois ou des dispositifs maladroits ou inapplicables, s'organisent et se regroupent afin d'élaborer des solutions cohérentes et éthiquement viables.

L'A.N.A.S. représentant les Assistant de Service Social, la F.N.E.J.E., les éducateurs de jeunes enfants, l'O.N.E.S., les éducateurs spécialisés, sont en passe de se rassembler en une force de proposition alternative. Des métiers comme Moniteur-éducateur ou Aide médico-psychologique non encore organisés, pourraient rapidement rejoindre ce mouvement de représentation du travail social.

Voici la réalité d'un secteur méconnu, non rentable et qui est pourtant garant d'une partie de la cohésion sociale.

Les médias font la sourde oreille

Une réalité qui n'intéresse pas les citoyens? Pourtant les journalistes de la presse locale et régionale couvrent depuis plusieurs mois les actions de grèves, d'occupations de DRASS, de "manif' de droite", de "social express". Après la manifestation du 13 mai 2008 à Paris, ayant regroupé plus de 8 000 étudiants en travail social dont les formations sont en panne, pas une ligne dans la presse nationale. Pas un mot dans les journaux télévisés.

Une émission télé, de Marc Olivier Fogiel, puisqu'elle "réveille l'actu tous les mardis à 22h55", qui devait recevoir une délégation nationale du mouvement le jour de la manifestation a annulé au dernier moment. Seule "La matinale" de Canal plus a accepté de passer cinq minutes entières à informer du mouvement… Huit étudiants avaient campé devant les studios toute la nuit pour pouvoir se faire entendre.

A l'heure où il est mal vu de revendiquer un service public de qualité, où faire grève est assimilé à un acte terroriste (une prise d'otage d'usagers), quelle issue pourrait-il y avoir à la crise profonde qui bouleverse le système social français?

Nous avons coutume de dire aux jeunes qu'au lieu de se perdre dans des réponses violentes, à fleur de peau, il vaut la peine de prendre le risque de s'expliquer et de remplacer les poings par la parole. Nombre d'entre-eux le comprennent. Mais que leur dirons-nous si nous-même nous nous sentons bâillonnés?

 
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