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25.09.2008

Mme Boutin lance une expérimentation sur le logement des sortants de prison

Sept préfets vont expérimenter dans des départements pilote un projet visant à améliorer les conditions de sortie de prison des détenus dépourvus d'hébergement, a annoncé aujourd'hui mercredi la ministre du Logement, Christine Boutin.

Présentant son projet à la presse, Christine Boutin a fait valoir que la question de l'hébergement ou du logement était «déterminante» à la sortie de prison.

Sur les 100.000 personnes qui sont libérées chaque année, a remarqué la ministre, quelque 20.000 n'ont pas d'hébergement à la sortie. Il entre donc dans la responsabilité de son ministère, a-t-elle dit, de «pourvoir à cette question et de contribuer ainsi à la lutte contre la récidive».

Une lettre de mission, co-signée par la ministre de la Justice, Rachida Dati, et elle-même sera prochainement envoyée aux sept préfets concernés (Bouches-du-Rhône, Charente, Essonne, Loire Atlantique, Puy de Dôme, Rhône et Yvelines), «tous volontaires», selon la ministre.

Mme Boutin a assuré que son projet était assuré d'«un financement pris sur celui des CHRS» (centres d'hébergement et de réinsertion sociale).

L'expérimentation, qui se déroulera sur une durée de 6 mois à un an, a vocation à être étendue à l'ensemble du territoire et sera menée, sous la houlette des préfets, en liaison avec les administrations concernées (Ddass, administration pénitentiaire etc...).

Le préfet de l'Essonne, Jacques Reiller, qui a indiqué à l'AFP avoir à gérer une moyenne de 15 sorties par jour de détenus de la prison de Fleury-Mérogis, a déclaré avoir un projet de convention «tout prêt» avec la Ddass et le Spip (services de probation et d'insertion de la pénitentiaire).

Il a aussi souligné que, sur quatre propositions de sortie de prison anticipée, «une seule fonctionne» et que «les trois échecs sont souvent dûs à un défaut d'hébergement».

«Beaucoup de formules que le gouvernement entend développer comme le bracelet électronique, se heurtent trop souvent à une problématique de logement», a-t-il ajouté.

SOURCE INFOWEB LE PAYS

• le constat est juste ! De nombreux sortants de prisons se retrouvent à la rue...

Et voilà la ministre du mal logement et ses annonces hallucinantes. Elle va donner des hébergements qui n'existent pas... Maline et pas folle la guèpe elle refile la corvée au SPIP... qui n'a déjà pas assez de personnels, et très peu de moyen...

À Strasbourg, nous allons manquer de chaises.

06:25 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : hébergement d'urgence, sortant de prison, boutin | | |  Facebook

22.09.2008

«Ce n’est pas l’hôtel…»

Jean Bérard historien (université Paris-VIII)et Gilles Chantraine sociologue (CNRS et Centre de recherches sociologiques et économiques de Lille).

«Tenez-vous à carreau, et vous serez chez vous, libre, avec une chambre et des toilettes séparées. La prison, ce n’est pas l’hôtel», a répondu Rachida Dati à un détenu qui l’interpellait sur ses conditions de détention dans une prison de Metz. Le meurtre, quelques jours plus tard, d’un jeune homme par son codétenu donne à cette sortie brutale l’allure d’une provocation, d’une gaffe rendue dérisoire par le drame qui lui a succédé.

Il faut pourtant la lire de près, car, mieux que les discours lénifiants du ministère, elle en dit long sur la façon dont la ministre conçoit la «grande» réforme des prisons promise depuis 2007, et (toujours ?) programmée pour cet automne.

Elle renoue avec le discours traditionnel de la droite sur les prisons qu’il ne faudrait pas trop modifier sous peine de les transformer en «quatre étoiles». Les moments où, comme en 2000, le personnel politique, tous bords confondus, a regardé les prisons «en face» (selon le mot alors employé par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale) et jugé leur état «humiliant» pour la République (selon celui de la commission d’enquête du Sénat), semblaient prémunir contre cette rhétorique hôtelière. Il n’en est rien : lorsque la droite est lasse de répondre de l’écart criant entre les droits de l’homme et la situation des détenus, elle renoue avec une idée simple : la prison ne doit pas protéger la dignité, sans cela elle ne serait pas dissuasive.

Cette idée permet de comprendre pourquoi la ministre se permet de renvoyer l’indignité des conditions de détention à la responsabilité des détenus eux-mêmes. Elle prolonge un argument qui a servi pour justifier la mise en œuvre des peines plancher à l’été 2007 : pour empêcher les délinquants de sévir, il suffirait de brandir devant eux la menace de sanctions de plus en plus lourdes.

Un an plus tard, alors que les effets de la politique pénale se font sentir sous la forme d’une surpopulation record, il est temps de renforcer le message aux potentiels infracteurs : non seulement vous allez passer longtemps en prison, mais ne comptez pas que l’Etat y garantisse vos droits élémentaires, comme celui de disposer d’une cellule pour soi, ou de conserver un minimum d’intimité.

Un tel discours ne tient que par une occultation complète des conditions de la délinquance et de l’inégalité selon le statut social, sans même parler de la présence massive en détention de personnes souffrant de graves troubles psychiatriques. En 2002, l’Insee a publié une enquête sur l’histoire familiale des hommes détenus, qui montre que celle-ci est faite, pour une immense majorité d’entre eux, de précarité, d’échec scolaire, de ruptures familiales… Lors de la consultation organisée en 2006 par les Etats généraux de la condition pénitentiaire, et à laquelle plus de 15 000 personnes détenues ont participé, 79 % des réponses jugeaient nécessaire «d’élargir les possibilités d’accès des sortants de prison aux dispositifs d’accueil d’urgence, d’hébergement et de logements sociaux». Autrement dit, la provenance et la destination de très nombreux prisonniers, ce n’est pas «chez eux», ce sont des foyers, des hôpitaux, ou encore la rue.

Pour le savoir, il suffirait d’entendre ce qu’ils ont à dire sur la trajectoire de leur vie. Mais, et c’est peut-être le sens le plus profond de cette déclaration, pour Rachida Dati, celui qui ne s’est pas tenu «à carreau» n’a pas le droit de se plaindre. La revendication du détenu est exorbitante et plus encore sa volonté de revendiquer comme n’importe quel citoyen dans un Etat de droit.

Ainsi s’engage le «débat» sur la réforme des prisons que le gouvernement nous prépare : les prisonniers sont responsables de la surpopulation car ils n’entendent rien à la dissuasion pénale pourtant martelée depuis un an. L’Etat n’est pas tenu de respecter les droits fondamentaux des personnes car, pour avoir des droits, il ne fallait pas commettre d’infraction. Les détenus voudraient-ils prendre la parole contre cette situation que la ministre leur rappellerait promptement que la condamnation pénale est également une condamnation au silence.

Auteurs de : 80 000 détenus en 2017 ? Réforme et dérive de l’institution pénitentiaire, paru en septembre 2008 aux éditions Amsterdam.

SOURCE LIBÉRATION

07:02 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sortant de prison, prisons françaises, rachida dati | | |  Facebook

 
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