21.01.2009
France / Eco : réflexions sur le "Livret A"
Fitch Ratings a publié une étude consacrée à la réforme du populaire "Livret A", entrée en vigueur ce mois-ci, qui affectera essentiellement le Groupe Caisse d'Epargne, le Crédit Mutuel et La Banque Postale, la distribution de ce produit étant désormais ouverte à leurs concurrentes exerçant en France.
"En abandonnant l'exclusivité qu'elles détenaient sur la distribution des Livrets, le GCE, le CM et LBP perdent une clientèle captive", souligne Janine Dow, Directeur Senior à la division Institutions financières de Fitch. "Alors que ces banques ne conservaient pas les fonds collectés via le Livret mais les reversaient à la Caisse des dépôts et consignations, institution financière publique notée 'AAA (Xetra: 722800 - actualité) ', le Livret A donnait accès à un vaste gisement de clients qui étaient autant de cibles potentielles pour la vente d'autres produits. Seul le CM semble avoir enregistré quelque succès dans ce domaine, alors que plus de 50% des particuliers clients du GCE et de LBP ne détiennent pas d'autre produit bancaire que le Livret A".
"Le point positif est que les banques distribuant le Livret pourront conserver une partie des fonds collectés via ce dispositif (environ 28%, soit 62 MdsE à fin septembre 2008), ce pourcentage devant être révisé en 2011. Ceci constitue un avantage appréciable pour toutes les banques françaises et représente, pour les principales banques commerciales du pays qui en étaient auparavant privées, la possibilité d'accéder à une source supplémentaire de dépôts stables, notamment en ces temps de pénurie de liquidités", précise Janine Dow.
Fitch estime que la réforme sera particulièrement pénalisante pour le GCE dont les efforts engagés de longue date pour faire des détenteurs de Livret A des clients plus rentables n'ont pas vraiment porté leurs fruits. Fitch pense également que cette réforme va accentuer le rôle de LBP en tant que banque accessible à tous dans la mesure où de nombreux détenteurs du Livret A disposent de faibles revenus et présentent peu d'intérêt pour les autres banques commerciales
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16.01.2009
Le taux du Livret A divise l'Elysée et Matignon
EPARGNE Nicolas Sarkozy limite la baisse du taux à 2,5 % alors que François Fillon voulait 2 %
LE MONDE - c'est le demi point de la discorde. François Fillon voulait 2 %. Nicolas Sarkozy a imposé que le taux de rémunération du livret A, fixé au niveau record de 4 % depuis le mois d'août 2008, soit abaissé "seulement" à 2,5 % à compter du 1er février. Pour ne pas désespérer les Français en divisant par deux la rémunération de leur produit d'épargne préféré.
Deux stratégies s'opposent à la tête de l'Etat : celle du premier ministre, qui est dans la rationalité économique et trouve logique que la rémunération de l'épargne populaire baisse quand l'inflation recule. Celle du président de la République, qui s'inquiète de l'effet psychologique d'une telle décision et ne veut pas mécontenter les Français, alors que des menaces existent sur le pouvoir d'achat et que le chômage s'envole. "Nous avons une approche prudente du dossier", affirme-t-on à l'Elysée. Le gouvernement essaie de rattraper l'effet désastreux du couac, alors que François Fillon devait présenter ses voeux à la presse jeudi midi tandis qu'un remaniement ministériel était imminent. "Qu'il y ait un débat au sein du gouvernement, cela devrait vous réjouir. Vous n'arrêtez pas de dire qu'il n'y a qu'une autorité, qu'il n'y a pas de débat, pas de discussion", a expliqué jeudi 15 janvier le porte-parole du gouvernement Luc Chatel sur RTL. "Le gouvernement va prendre en compte le fait de rémunérer justement l'épargne populaire, mais en même temps de permettre des conditions d'accès au logement social qui soient les meilleures", a poursuivi M. Chatel.
Pour laisser la fièvre retomber, il n'est pas exclu que l'annonce officielle de la décision, qui doit intervenir après une recommandation du gouverneur de la banque de France, Christian Noyer, soit légèrement retardée. Le taux de rémunération du livret A, détenu par 46 millions de Français pour un montant colossal de 130 milliards d'euros, est censé être fixé par une formule automatique qui tient compte des taux d'intérêts sur les marchés financiers et de l'inflation. Cette règle a été définie en 2003 pour faciliter la tâche des responsables politiques, toujours en peine de décider des baisses de rémunération impopulaires.
Avec la récession et la chute du cours des matières première, la hausse des prix est redescendue à 1 % en décembre 2008, selon les chiffres de l'Insee mercredi. La banque de France fait alors son calcul, comme le prévoit la loi : le taux du Livret A doit être ramené à 2 %. C'est l'hypothèse sur laquelle les observateurs tablent alors.
En début de soirée, François Fillon la défend publiquement. "La règle s'appliquera sans coup de pouce", annonce le premier ministre sur Public Sénat. "Quand l'inflation est à 3 %, le livret A est à 4. Si l'inflation est à 1 %, le livret A doit baisser d'autant", assure le Premier ministre. Tentative de passage en force ou désaccord ? A l'Elysée, on confirme au Monde vers 21 heures qu'il y aura bien un coup de pouce et que c'est le taux de 2,5 % qui s'appliquera.
Jeudi matin, Matignon restait injoignable tandis que les conseillers de Nicolas Sarkozy faisaient mine de ne pas comprendre les déclarations publiques du locataire de Matignon. "C'est Fillon qui s'est trompé. Peut-être a-t-il fait un lapsus. Lui et le président ont décidé ensemble de fixer le taux à 2,5 % lors de leur tête à tête mercredi avant le conseil des ministres", assurait-t-on à l'Elysée. Cette décision avait suscité la réprobation de la Banque de France et de Bercy, qui ont essayé mercredi de renverser la décision.
Selon eux, l'arbitrage de l'Elysée va pénaliser ceux qui empruntent sur les ressources du Livret A, et dont le coût de financement dépend du taux de livret : les organismes HLM et une partie des PME. Ne pas baisser les taux serait incohérent, à l'heure où ces acteurs sont invités à soutenir la croissance et à un moment où la banque centrale européenne (BCE), qui se réunissait jeudi, continue de baisser ses taux. Quant à la rémunération réelle du livret A, elle sera avec la chute de l'inflation bien plus généreuse en 2009 que les 0,8 % de 2008. François Fillon comptait, jeudi matin, sur le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer pour lui sauver la face. Il espère que ce dernier jugera raisonnable, eu égard à la baisse brutale impliquée par le retournement de conjoncture, de se contenter dans un premier temps d'une baisse du taux à 2,5 %.
Sur le fond, la Banque de France estime qu'aucune circonstance exceptionnelle ne justifie de déroger à la règle. Matignon espère un feu vert exceptionnel. Il sera ensuite temps de changer une règle, jugée trop peu fréquente et donc brutale. Elle mécontente à la fois les politiques et les économistes.
Arnaud Leparmentier avec Anne Michel
05:50 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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