13.05.2008
Le casse tête des taudis à Saint-Denis
Depuis qu'un incendie a ravagé une partie du 59-61, rue Charles-Michels, près de la gare de Saint-Denis, 104 personnes, dont une soixantaine d'enfants, dorment sous des tentes. Les rescapés, en majorité des sans-papiers d'origine africaine, exigent d'être relogés dans des appartements décents. A Saint-Denis, le problème des immeubles insalubres est un véritable casse-tête.
Une forêt de petites tentes colorées a poussé dans la cour. Il y en a une vingtaine posées sous une bâche. Une protection dérisoire contre la pluie, puis la chaleur de ces derniers jours. La nuit, des dizaines d'autres "igloos" de toile se rajoutent aux rangs serrés des tentes de la cour. Ils sont dépliés d'un clic dans l'entrée et dans la ruelle. En tout, 104 personnes (dont une soixantaine d'enfants) dorment ainsi, agglutinées les unes contre les autres, depuis deux semaines. Depuis qu'un incendie - sans doute accidentel - a ravagé une aile de leur immeuble insalubre, au 59-61, rue Charles-Michels, tout près de la gare de Saint-Denis (93). Un jeune homme de 24 ans est décédé cette nuit-là, deux autres personnes, grièvement intoxiquées par les fumées, sont toujours hospitalisées. Le bilan aurait pu être encore plus élevé, vu le nombre d'enfants dormant sur place. Cependant, l'escalier n'était pas en bois mais en béton, ce qui a limité la propagation des flammes.
Tous les rescapés ont choisi de rester sur place, quitte à y camper. "On est plus forts ensemble", explique Fofana Nozé, une jeune mère de deux enfants. Les deux tiers des habitants, d'origine ivoirienne et malienne, sont sans papiers et demandent une régularisation, ainsi qu'un relogement dans un appartement décent. Tous ont en tête le précédent du Paris-Opéra: les familles africaines logées dans cet hôtel insalubre dans le 9e (qui ont souvent perdu des proches dans l'incendie dramatique de 2005) ont reçu un titre de séjour à titre dérogatoire.
"Nous croulons déjà sous les demandes"
A Saint-Denis, il y a urgence. Car, dans les deux ailes encore intactes du bâtiment sinistré logent près de 250 personnes. Sans compter les familles installées dans leur village de tentes dans la cour! Les risques d'incendie sont les mêmes dans ces deux cages d'escalier. La mairie de Saint-Denis vient de demander à l'Etat une solution régionale pour reloger tout ce monde. "C'est hors de proportion pour notre commune! Si on devait attribuer autant de HLM sur Saint-Denis, cela nous prendrait deux ans, alors que nous croulons déjà sous les demandes", estime Stéphane Peu, l'adjoint en charge de l'urbanisme.
La ville se sent dépassée. Elle est lancée dans une "course contre la montre face aux logements qui se dégradent", comme le définit l'élu. Rénovant appartement par appartement, rachetant les copropriétés privées, lot après lot, elle lutte contre l'insalubrité au centre-ville, dans un quartier situé tout autour de la magnifique basilique dionysienne, là où reposent les rois de France. Mais, à deux rues des gisants, les murs lépreux, les cages d'escalier miteuses et les logements indignes gagnent du terrain. Selon une étude menée pour la ville par le cabinet d'urbanisme Guy Taïeb Conseil, 38 % des immeubles de ce périmètre sont "potentiellement" insalubres ; 224 immeubles ont été repérés sur cette zone qui compte 15 000 habitants (un dixième des Dionysiens). Au coeur de Saint-Denis, 400 appartements sont concernés par des procédures de péril et d'insalubrité. "La crise du logement s'est aiguisée depuis 2000, et des propriétaires qui ne font pas de travaux trouvent quand même des locataires, les plus défavorisés socialement. Et le nombre d'immeubles mal gérés augmente dans le centre ancien", déplore Stéphane Peu.
Un immeuble classé monument historique
Or, pour la ville qui consacre 10 millions d'euros par an au problème, "il en faudrait au moins le double pour enrayer le phénomène", estime l'élu. La commune du maire (PC), réélu, Didier Paillard, se tourne vers le ministère du Logement, demandant à Christine Boutin que Saint-Denis soit "pilote" en matière de lutte contre l'insalubrité.
L'immeuble du 59-61, rue Charles-Michels, est un exemple de cette course contre la montre. L'immeuble en U se repère de loin, il émerge au milieu des entrepôts alentour. Ce paquebot date de la fin du XIXe siècle et est répertorié au patrimoine des Bâtiments de France. L'édifice construit en béton armé, très dégradé, a été déclaré insalubre en... 1985. Dans les années 1990, la mairie rachète lot par lot les appartements, elle exproprie également. En 2000, plus personne n'habite les lieux... Mais en 2001, avant le début des travaux de rénovation, des squatteurs s'y installent. La mairie lance alors une "opération tiroirs": un immeuble neuf sort de terre en face du vieux bâtiment. Il sera livré en septembre prochain. S'il n'y avait pas eu l'incendie, le paquebot en béton historique aurait été rénové par tranches: à chaque fois, les habitants d'une cage d'escalier auraient été relogés dans le nouvel immeuble, avant de regagner la partie rénovée. Cela aurait pris cinq ans. Une nuit d'incendie a tout remis en cause. "Maintenant, regrette Stéphane Peu, il faut évacuer."
08:54 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : village de tentes, sans papiers, hlm, saint-denis, insalubrité |
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